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Robert Sénéchal : « Nous voulons une autre politique »

21 novembre 2014 par Florent Gallois

Robert-Sénéchal

Entretien avec Robert Sénéchal, secrétaire des Métallos Wallonie-Bruxelles du Hainaut Occidental (LCR-Web)

Quel est l’état d’esprit des militant-e-s et des délégu é-e-s dans ton secteur, ta région ?

Robert Sénéchal : Quand j’ai présenté le plan d’action du front commun  au comité exécutif de la MWB-Hainaut Occidental, cela a suscité un vrai engouement. Je craignais que la manifetation Nord-Midi du 6 novembre soit mal accueillie, parce que les militants, en 2013, avaient dit qu’ils ne participeraient plus à ce genre de marche. Mais une marche dans le cadre d’un vrai plan d’action, les gens étaient pour.

Ce plan d’action sera-t-il suffisant pour faire céder le gouvernement ?

RS : On évaluera les résultats après le 15 décembre. La FGTB a dit clairement sa volonté d’y aller crescendo. C’est ce qui se passe avec les grèves provinciales et nationales de 24H. Nous sommes prêts à aller au-delà, dans la même dynamique. S’il faut continuer en janvier, on continuera, mais pas question de recommencer par une manifestation Nord-Midi : il faudra aller plus loin.

Quelles sont les principaux motifs de colère ?

RS : Il y a trois points principaux qui scandalisent les militants : le saut d’index, les réformes de la fin de carrière et les mesures contre les chômeurs et les inactifs en général. Le gouvernement précédent avait déjà supprimé toute marge pour les hausses de salaire. Le saut d’index qui vient en plus, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Sur la fin de carrière, il n’y a pas que l’allongement à 67 ans mais aussi les restrictions des prépensions et les mesures contre le crédit-temps, que beaucoup de travailleurs utilisaient pour terminer leur vie professionnelle en douceur. Les mesures contre les chômeurs prises par le gouvernement précédent sont un autre point sensible, parce qu’il y a des sans-emploi dans toutes les familles et que les gens savent que personne n’est à l’abri. On n’est même pas à l’abri quand on travaille dans une entreprise très rentable. C’est ce qu’a encore montré récemment l’annonce de la fermeture de DOOSAN, à Frameries.

Comment sont les relations au sein du front commun dans la région ?

RS : Le front commun existe depuis longtemps dans les entreprises. Les délégations tentent toujours de se mettre d’accord sur les revendications. Comme la FGTB est largement majoritaire, c’est nous qui prenons l’initiative. Dans le cadre du plan d’action actuel, il y a eu réunion commune des deux interprofessionnelles, au niveau des permanents (sans la CGSLB, qui ne représente que quelques pour cent). On constate de part et d’autre une réelle volonté de front commun. On s’est notamment partagé le boulot pour le blocage des zonings industriels à Ghislenghien, Leuze, Orcq, etc.

Le front commun syndical national demande une « vraie concertation ». Qu’est-ce que cela signifie ?

RS : Cela veut dire une concertation où tout n’est pas verrouillé d’avance par le gouvernement, en particulier sur les trois points que j’ai cités. La FGTB exige le retrait de certaines mesures, mais ce n’est pas un combat politique. Le PS est évidemment pour la chute du gouvernement, nous nous sommes pour une autre politique. Il faut notamment rééquilibrer la fiscalité, taxer le Capital.

N’est-ce pas de la politique-fiction, sous ce gouvernement ?

RS : Je pense que l’exigence des organisations syndicales est juste. On fera une évaluation en janvier et on verra. La stratégie est en place.

Tu viens d’y faire allusion : beaucoup de mesures d’austérité ont été prises par le précédent gouvernement…

RS : En effet. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est bonnet blanc et blanc bonnet, mais Di Rupo a creusé les fondations et le gouvernement MR-NVA n’à plus qu’à construire sur cette base. Plutôt qu’une nouvelle politique, c’est une accentuation et un approfondissement. Sur les trois points principaux – les salaires, la fin de carrière et les sans-emploi- les attaques le ton était donné par les gouvernements à participation socialiste, notamment le gouvernement Di Rupo.

Une déclaration gouvernementale qui parle de mettre l’armée dans les rues pour maintenir l’ordre, c’est tout de même nouveau, non ?

RS :  Oui, sur ce plan-là, le durcissement est net. Confier le Ministère de l’Intérieur à un dirigeant de la NVA, ce n’est pas de nature à apaiser la situation. Mais c’est dans la logique du système : les politiques d’austérité sont injustes, les peuples se révoltent contre les souffrances qu’on leur inflige, et les possédants répliquent par des mesures sécuritaires. Les droits démocratiques sont menacés.

Au-delà de l’exigence du retrait des mesures, n’est-il pas nécessaire que le mouvement syndical élabore une alternative ? Que penses-tu de la proposition d’un plan d’urgence, avancée par la FGTB de Charleroi ?

RS : Les Métallos Wallonie Bruxelles du Hainaut occidental ont entamé un processus de réflexion suite à l’appel de la FGTB de Charleroi, le Premier Mai 2012. Il s’agit d’une réflexion politique approfondie sur l’avenir du pays, qui  a débuté il y a un peu plus d’un an et qui débouche sur une vraie prise de conscience politique. Prochainement, nous organiserons d’ailleurs notre troisième conférence-débat publique. A l’ordre du jour : les mesures d’austérité. Nous invitons le représentant du PTB-GO, qui expliquera sa vision.

Pourquoi accentues-tu le « GO », quand tu parles du PTB-GO ?

RS : Notre comité exécutif s’est engagé dans la campagne électorale sur base de l’appel de Charleroi à rassembler les forces pour créer une alternative anticapitaliste. Nous avons soutenu la liste PTB-GO parce que c’était un premier pas dans cette direction, et nous voulons qu’il y en ait d’autres. Nous avons toujours dit que, s’il y avait des élus, nous leur demanderions de s’expliquer sur leur politique et leurs intentions. Nous tenons parole.

Revenons au plan d’action. Si le gouvernement tombe ? 

RS : Si le gouvernement venait à tomber, nous, syndicalistes qui avons soutenu l’appel du Premier 2012, nous ne pourrions soutenir que les partis qui partageraient notre vision et nos revendications anticapitalistes.

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