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Ne pas dilapider le capital de combativité dans une concertation-bidon

16 décembre 2014 par Freddy Mathieu

basta

« Et voilà, la grève générale est derrière nous », doit se dire le gouvernement des patrons mais il semble encore hésiter entre le passage en force (en obtenant le vote rapide de sa loi-programme) et l’ouverture d’une pseudo-concertation, avec  laquelle il testerait la détermination des directions syndicales.

Quelques heures avant la grève de 24h, on a assisté à une valse des mots sur les plateaux télé, dans les émissions du dimanche midi.  A Controverse sur RTL, la ministre Marghem (MR) se félicitait ainsi : « Il y a un début de dialogue qui a été enclenché par Kris Peeters, et j’entends avec plaisir que la légitimité de ce gouvernement n’est pas mise en cause… » embrayant sur Marie-Hélène Ska, la Secrétaire Générale de la CSC, qui avait déclaré que « la légitimité du gouvernement, pour ce qui nous concerne, n’a jamais été contestée. Un gouvernement a été élu démocratiquement et nous le respectons, il a une majorité au parlement. »

Le gobelet à moitié vide ou à moitié plein ?

L’ambiguïté n’était pas non plus absente dans les propos de Marc Goblet (FGTB) qui, certes, sortit quelques mots très rudes sur les patrons et le gouvernement mais aussi s’amadoua pour les implorer d’en revenir « à la concertation ». Avec quel objectif ? « Ouvrir au sein de cette concertation une feuille de route qui tient compte des aspects économiques mais aussi des aspects sociaux ». Il poussa même son numéro d’équilibriste un peu plus loin en déclarant : « nous considérons que, sans fermer la porte sur quoi que ce soit, la mesure du saut d’index est une mesure purement idéologique et peut être rencontrée autrement pour la problématique de compétitivité ». Pour Marc Goblet « Nous voulons que la discussion sur la formation des salaires, y compris le saut d’index, puisse avoir lieu entre patrons et syndicats, comme cela a toujours été le cas sans que ce dossier soit confisqué par le gouvernement ».

Marie-Hélène Ska entretenait le même flou sur le cadre de la concertation. Quand l’animatrice du débat lui demande : « Pour vous (les conditions) c’est retirer le saut d’index ? » elle répond : « Nous n’avons jamais utilisé ces termes. Nous avons dit que c’était des mesures mal adaptées au contexte, que nous étions prêts évidemment, qu’il fallait faire 11 milliards d’euros d’efforts, nous le savons et nous ne l’avons jamais contesté ».

Entrer dans le jeu du gouvernement et du patronat?

La ministre Marghem s’enfonça dans cette « ouverture » des leaders syndicaux. « Le but c’est d’essayer de trouver ensemble une solution qui exécute l’accord de gouvernement. (…) Ce qui permet aussi à ce gouvernement, au cas où il n’y a pas d’accord d’avoir légitimement le dernier mot. S’il n’y a pas de concertation, c’est le gouvernement qui prend la décision. »

Au soir de la grève, un autre ministre libéral, Willy Borsus a lancé des pistes pour cette pseudo-concertation : « la concertation peut porter au moins sur trois éléments importants. Le premier est l’enveloppe Bien-Être. Elle porte sur plus d’un milliard d’euros dont il convient de déterminer les modalités d’utilisation. Suit tout ce qui touche à la définition et à l’organisation de la fin de carrière. Le troisième élément de concertation possible est la définition de la pénibilité de certaines fonctions. »[1]

Le gouvernement sait pertinemment que, même si le « Groupe des 10 » reprend ses travaux, les organisations patronales vont tout faire pour que cette concertation ne débouche sur rien. Elles vont jouer la montre, tablant sur un épuisement des travailleurs, et presser le gouvernement de ne tolérer que des amendements mineurs à sa loi-programme.

…Ou les foutre dehors ?

En s’en tenant à espérer un retour à la bonne vieille concertation sociale avec les patrons, les directions  syndicales risquent de dilapider la combativité engrangée par les centaines de milliers de militants au cours des actions du 6 novembre au 15 décembre. Et de laisser les millions d’affiliés dans l’incertitude.

Plus que jamais, après cette grève générale d’une ampleur sans précédent en Belgique, les organisations syndicales doivent avoir le culot de pousser ce gouvernement dehors. C’est la seule manière de renverser le rapport de forces avec le patronat.

 

Le 16 décembre 2014

Freddy Mathieu

[1] rapporté sur la RTBF 16/12/2014

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Classé sous :Belgique, syndical-social

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