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Les enjeux contemporains de l’émancipation

18 février 2014 par Christakis Georgiou et Pierre Raboud, Hadrien Buclin, Joseph Daher

émancipation

Le texte d’Hadrien Bu­clin, Jo­seph Daher, Chris­takis Geor­giou
et Pierre Ra­boud qui suit est l’introduction de l’ouvrage col­lectif  Penser l’émancipation. Of­fen­sives ca­pi­ta­listes et ré­sis­tances in­ter­na­tio­nales.

L’ouvrage est le fruit de la pre­mière édi­tion du col­loque in­ter­na­tional « Penser l’émancipation », qui s’est tenue à Lau­sanne en 2012. La deuxième édi­tion du col­loque « Penser l’émancipation » aura lieu à Nan­terre du 19 au 22 fé­vrier 2014.

 

Cet ou­vrage est une ré­flexion col­lec­tive qui vise à ré­ac­tua­liser un projet d’émancipation à la hau­teur des en­jeux du temps pré­sent, dans le contexte ac­tuel d’un sys­tème ca­pi­ta­liste ébranlé par des crises mul­tiples. Les au­teurs de ce livre sont convaincus qu’un tel projet reste pour une grande part à dé­finir – ou à re­dé­finir, dans la me­sure où il ne peut que s’élaborer au creuset des pro­blé­ma­tiques, des crises, des conflits et des ré­sis­tances contemporains.

En un sens, cette idée était déjà pré­sente au mi­lieu du xixe siècle, chez Marx et En­gels, qui écri­vaient à propos du pro­gramme com­mu­niste : « Le com­mu­nisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur le­quel la réa­lité devra se ré­gler. Nous ap­pe­lons com­mu­nisme le mou­ve­ment réel qui abolit l’état ac­tuel. Les condi­tions de ce mou­ve­ment ré­sultent des pré­misses ac­tuel­le­ment exis­tantes1. »

C’est dire si une cer­taine fi­dé­lité à ces au­teurs ne pas­sera pas par la ré­pé­ti­tion de vieux pro­grammes éla­borés dans une pé­riode qui n’est plus la nôtre et ne re­con­duira pas non plus l’illusion qu’un projet d’émancipation pour­rait être dé­fini « clefs en main », in­dé­pen­dam­ment des prin­ci­paux ac­teurs concernés. C’est pour­quoi on trou­vera dans ce livre une ana­lyse ar­ti­culée des of­fen­sives ca­pi­ta­listes en cours – soit la ma­nière dont les classes do­mi­nantes, à la fa­veur de la crise éco­no­mique no­tam­ment, mettent en cause les droits ac­quis par les do­minés au tra­vers des luttes me­nées dans les dé­cen­nies pré­cé­dentes – ainsi que de la ma­nière dont ces of­fen­sives s’articulent avec d’autres formes de do­mi­na­tion, pa­triar­cales, ra­cistes ou im­pé­ria­listes ; puis une ana­lyse des ré­sis­tances et des pra­tiques et pro­jets al­ter­na­tifs à l’œuvre dans la pé­riode contemporaine.

Dans cette pers­pec­tive, le pré­sent ou­vrage in­sis­tera par­ti­cu­liè­re­ment – et il s’agit, nous l’espérons, d’un ap­port ori­ginal – sur les di­men­sions à la fois éco­no­miques, so­ciales et cultu­relles des pra­tiques d’émancipation, dans une op­tique in­ter­na­tio­nale. En effet, l’émancipation hu­maine ne peut être ré­duite à sa seule di­men­sion économico-politique, sou­vent do­mi­nante dans les ana­lyses de la gauche ra­di­cale aujourd’hui.

Là en­core, Marx, dans les Ma­nus­crits de 1844, sou­li­gnait bien déjà la ma­nière dont un projet d’émancipation doit concerner l’être hu­main dans toutes ses di­men­sions so­ciales et exis­ten­tielles : « L’abolition po­si­tive de la pro­priété privée, c’est-à-dire l’appropriation sen­sible pour les hommes et par les hommes de la vie et de l’être hu­main, des hommes ob­jec­tifs, des œuvres hu­maines, ne doit pas être saisie seule­ment dans le sens de la jouis­sance im­mé­diate, ex­clu­sive, dans le sens de la pos­ses­sion, de l’avoir. L’homme s’approprie son être uni­versel d’une ma­nière uni­ver­selle, donc en tant qu’homme total.

Chacun de ses rap­ports hu­mains avec le monde, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le tou­cher, la pensée, la contem­pla­tion, le sen­ti­ment, la vo­lonté, l’activité, l’amour, bref, tous les or­ganes de son in­di­vi­dua­lité2. » Cet ou­vrage part d’une pro­blé­ma­tique pra­tique au cœur de la­quelle se trouve la conflic­tua­lité so­ciale sous ses di­verses formes, pour dresser un ta­bleau gé­néral des lignes de faille dans le sys­tème ca­pi­ta­liste à partir des­quelles peuvent s’articuler des pers­pec­tives concrètes d’émancipation sociale.

Crises, capitalisme et dominations

Le ca­pi­ta­lisme n’avait ja­mais jusqu’à aujourd’hui exercé une do­mi­na­tion aussi étendue sur notre pla­nète, tant sur ses res­sources na­tu­relles que sur ses dif­fé­rentes formes d’organisation so­ciale. Et pour­tant, cette réa­lité coïn­cide avec l’exacerbation et la conju­gaison de plu­sieurs crises majeures.

Il y a d’abord une crise éco­no­mique, qui frappe en par­ti­cu­lier l’Europe de­puis bientôt six ans, et qui a conduit à une autre crise, so­ciale et po­li­tique celle-là, du moins dans les pays les plus tou­chés par les dif­fi­cultés pro­fondes de l’économie ca­pi­ta­liste, tels la Grèce, la Hon­grie, la Bul­garie, l’Espagne ou le Por­tugal3.

Cette der­nière crise se tra­duit par une forte perte de lé­gi­ti­mité du sys­tème dé­mo­cra­tique bour­geois. D’un point de vue po­li­tique, cette perte de lé­gi­ti­mité semble pou­voir aussi bien conduire à la montée en puis­sance d’alternatives po­li­tiques fon­dées sur les prin­cipes de l’émancipation, de l’égalité, d’une dé­mo­cratie re­nou­velée et de la jus­tice so­ciale qu’à la poussée de forces po­li­tiques pro­fon­dé­ment ré­tro­grades4.

Ainsi, dans le cas de la Grèce, les deux prin­ci­paux cou­rants po­li­tiques ayant émergé dans le champ élec­toral du­rant la crise sont d’un côté la gauche ra­di­cale (SY­RIZA) et de l’autre le parti néo­nazi Aube dorée, qui por­te­rait mieux le nom de « Cré­pus­cule san­glant » étant donné la vio­lence dont il fait preuve à l’encontre des im­mi­grés et des mi­li­tants de gauche.

L’inquiétante pro­gres­sion de telles forces po­li­tiques d’extrême droite se re­trouve éga­le­ment dans cer­tains pays de l’Est for­te­ment tou­chés par l’austérité néo­li­bé­rale, telle la Hon­grie. À l’inverse, l’expérience de SY­RIZA en Grèce fait écho à celle du mou­ve­ment des In­di­gnés en Es­pagne du­rant l’année 2012 et à l’émergence pro­gres­sive de partis de ras­sem­ble­ment de la gauche ra­di­cale dans d’autres pays en Europe.

Au-delà d’une vi­sion eu­ro­péo­cen­triste, que cet ou­vrage col­lectif cherche pré­ci­sé­ment à dé­passer, la crise de l’ordre po­li­tique néo­li­béral s’est éga­le­ment for­te­ment ma­ni­festée dans les sou­lè­ve­ments po­pu­laires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, mais aussi dans une partie de l’Afrique sub­sa­ha­rienne, où le slogan « Dé­gage ! », exi­geant le dé­part de dic­ta­teurs, a été re­pris par de grands mou­ve­ments so­ciaux (par exemple en 2011 au Bur­kina Faso)5.

À chaque fois, la di­men­sion an­ti­li­bé­rale, voire an­ti­ca­pi­ta­liste de ces mou­ve­ments s’est ma­ni­festée, no­tam­ment à tra­vers le rôle ma­jeur qu’y ont joué les sec­teurs les plus po­li­tisés et syn­di­ca­lisés du monde du tra­vail ; ainsi, en Tu­nisie, les grandes grèves dans le bassin mi­nier de Gafsa en 2008 ont paru an­noncer la chute de Ben Ali en 2011, dans la­quelle la cen­trale syn­di­cale UGTT a par ailleurs joué un rôle dé­ter­mi­nant ; et en Égypte, le dé­clen­che­ment de l’insurrection contre Mou­barak a coïn­cidé avec une ex­plo­sion du nombre de grèves sec­to­rielles, entre autres dans le sec­teur du textile.

Une di­men­sion anti-impérialiste est éga­le­ment ap­parue comme dé­ci­sive au sein de ces sou­lè­ve­ments po­pu­laires, dans la me­sure où des dic­ta­teurs comme Hosni Mou­barak, Zine el-Abidine Ben Ali ou Blaise Com­paoré étaient mis en cause pour leur po­li­tique de col­la­bo­ra­tion éco­no­mique et po­li­tique avec les grandes puis­sances du Nord.

Cette po­si­tion anti-impérialiste se re­trouve éga­le­ment dans des mou­ve­ments po­pu­laires puis­sants ayant émergé ces der­nières an­nées en Amé­rique cen­trale et du Sud, qui tous dé­noncent le rôle des États-Unis dans un conti­nent qui ap­pa­raît his­to­ri­que­ment comme leur « arrière-cour » ; un rôle que la puis­sance états-unienne semble bien dé­cidée à en­dosser en­core, comme l’a par exemple illustré l’implication avérée de la CIA dans les ten­ta­tives de dé­sta­bi­li­sa­tion des gou­ver­ne­ments an­ti­li­bé­raux d’Evo Mo­rales (Bo­livie) ou de Hugo Chávez (Ve­ne­zuela), de même que son jeu am­bigu dans le coup d’État au Hon­duras, en 20096.

D’une cer­taine ma­nière, c’est aussi contre une or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du tra­vail et de la pro­duc­tion mar­quée par de pro­fondes in­éga­lités Nord-Sud que se sont dressés des sec­teurs im­por­tants de la « nou­velle classe ou­vrière » : par exemple dans la pro­duc­tion du tex­tile au Ban­gla­desh, avant et après le drame d’avril 2013 dans une usine de la ban­lieue de Dacca, où plus d’un mil­lier de pro­lé­taires ont péri7.

Dans ces pays qui jouent de plus en plus le rôle d’« ate­liers du monde », la pres­sion dras­tique à la baisse des coûts de pro­duc­tion, sou­vent im­posée par les grandes mul­ti­na­tio­nales du Nord, se solde par des condi­tions de tra­vail proches de l’esclavage. Dans cette nou­velle di­vi­sion in­ter­na­tio­nale du tra­vail, fondée sur la ré­duc­tion maxi­male des coûts de pro­duc­tion au mé­pris de toute ra­tio­na­lité so­ciale et éco­lo­gique, les in­éga­lités so­ciales et éco­no­miques, loin de di­mi­nuer, se re­dé­ploient entre pays ca­pi­ta­listes avancés, émer­gents et sur­ex­ploités, mais en aucun cas elles ne diminuent.

Le ca­pi­ta­lisme crée ainsi à la fois la de­mande pour des pro­duits à bas prix (par la pro­lé­ta­ri­sa­tion, le chô­mage, la pré­ca­ri­sa­tion, etc.), et l’offre de ces pro­duits ; un signe de plus de l’emprise crois­sante de ce sys­tème éco­no­mique in­ter­na­tional dans un contexte de crise8. La ma­tu­ra­tion ca­pi­ta­liste dans les pays émer­gents comme le Brésil, la Chine ou la Tur­quie coïn­cident éga­le­ment avec l’émergence de nou­veaux mou­ve­ments so­ciaux de masse, sus­cep­tibles de dé­bou­cher sur un nou­veau cycle de contes­ta­tion à l’échelle in­ter­na­tio­nale9.

À ces crises, éco­no­mique, so­ciale et po­li­tique, s’ajoute un phé­no­mène nou­veau (ou du moins dont la gra­vité s’est ac­crue et ré­vélée plus ré­cem­ment), et sans doute dé­ter­mi­nant pour la pé­riode à venir : une crise éco­lo­gique, pro­vo­quée no­tam­ment par l’émission de gaz à effet de serre d’origine hu­maine dans des pro­por­tions bien su­pé­rieures à ce que la pla­nète peut ab­sorber10. Le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique qui en dé­coule me­nace en par­ti­cu­lier les po­pu­la­tions pau­pé­ri­sées des pays du Sud.

Ainsi, la pe­tite pay­san­nerie des pays pauvres, de l’Inde à Haïti en pas­sant par le Sahel, se voit d’ores et déjà confrontée à la mul­ti­pli­ca­tion de ca­tas­trophes na­tu­relles ou de sé­che­resses qui me­nacent les moyens es­sen­tiels de sub­sis­tance de ces po­pu­la­tions, quand ce n’est pas, en­core plus fon­da­men­ta­le­ment, leur lieu de vie qui est mis en péril11. C’est le cas no­tam­ment du Ban­gla­desh, un des pays les plus pauvres du monde, où la montée des eaux pro­vo­quée par le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique en­traîne la dis­pa­ri­tion de mil­liers d’hectares, dans un pays dont une frac­tion im­por­tante du ter­ri­toire est si­tuée sur un gi­gan­tesque delta12.

De même, le mo­dèle extractiviste-productiviste do­mi­nant me­nace gra­ve­ment les éco­sys­tèmes : l’augmentation dras­tique de la mor­ta­lité des abeilles ou la dis­pa­ri­tion de mil­liers d’espèces vé­gé­tales et ani­males en re­pré­sentent sans doute des signes parmi les plus in­quié­tants13. Ce mo­dèle com­promet ainsi la via­bi­lité de ré­gions où ré­sident des po­pu­la­tions en­tières : ainsi, en Amé­rique, du Ca­nada au Pérou, des peuples voient leur ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau em­poi­sonné en raison de gi­gan­tesques pro­jets mi­niers ou d’extraction de pé­trole et de gaz de schiste, ce qui sus­cite d’importants mou­ve­ments po­pu­laires dé­non­çant l’impasse éco­no­mique et éco­lo­gique de ce mo­dèle de pro­duc­tion14.

Dans les pays du Nord, la prise de conscience éco­lo­gique ap­pa­raît aussi comme la pos­si­bi­lité de re­lancer des mou­ve­ments so­ciaux à la hau­teur des défis contem­po­rains : la très grande ma­ni­fes­ta­tion lors du sommet de Co­pen­hague sur le climat en 2009, qui éga­lait par son am­pleur les plus grandes mo­bi­li­sa­tions al­ter­mon­dia­listes de la fin des an­nées 1990 et du début des an­nées 2000 (à Seattle en1999, à Gênes en 2001 et à Porto Alegre de 2001 à 2003, no­tam­ment), a été un exemple in­té­res­sant du chemin par­couru par les ques­tions éco­lo­giques dans la conscience de nom­breux mi­li­tants progressistes.

Lourd de me­naces, le défi cli­ma­tique est ainsi éga­le­ment fort de po­ten­tia­lités pour un projet d’émancipation, no­tam­ment parce qu’il remet sur le de­vant de la scène les ques­tions de la pla­ni­fi­ca­tion dé­mo­cra­tique de l’économie, ou en­core de l’internationalisme, dans la me­sure où les ef­fets du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique ne connaissent pas de frontières.

À cette com­bi­naison de crises éco­no­mique, so­cio­po­li­tique et éco­lo­gique s’ajoute une crise cultu­relle dif­fuse et mul­ti­forme, dont les ma­ni­fes­ta­tions sont sou­vent plus dif­fi­ciles à ap­pré­hender. Elle se ma­ni­feste au­tant dans la montée des fon­da­men­ta­lismes re­li­gieux qui s’épanouissent à la fa­veur de la mi­sère so­ciale – le cas du Pa­kistan en offre un exemple sai­sis­sant15 – que, au sein des pays dits dé­ve­loppés, dans des formes moins spec­ta­cu­laires de stig­ma­ti­sa­tion et de mé­pris so­cial à l’égard des cultures po­pu­laires, qui ren­forcent un sen­ti­ment d’exclusion chez les po­pu­la­tions en po­si­tion de su­bal­ter­nité ou parmi les groupes so­ciaux mi­no­ri­taires16.

Les formes nou­velles du ra­cisme, qui revêt aujourd’hui sou­vent des ori­peaux « cultu­ra­listes » – dans le sens où ce ne sont plus des pré­ten­dues dif­fé­rences bio­lo­giques qui sont stig­ma­ti­sées chez les im­mi­grés, mais des traits cultu­rels ré­putés in­as­si­mi­lables par rap­port aux « mœurs oc­ci­den­tales ci­vi­li­sées » –, la montée en puis­sance de l’islamophobie dans les pays oc­ci­den­taux, mais aussi la ra­di­ca­li­sa­tion de cer­tains mou­ve­ments ho­mo­phobes et les­bo­phobes, et la pro­duc­tion de masse d’une culture hé­té­ro­normée en sont au­tant de ma­ni­fes­ta­tions di­verses, aux­quelles ré­pond un re­tour de l’« ordre moral » porté par des forces po­li­tiques de la droite conser­va­trice ou de l’extrême droite17.

Face à cette in­tri­ca­tion des crises, les re­pré­sen­tants des mi­lieux do­mi­nants, confrontés aux li­mites in­trin­sèques du sys­tème de do­mi­na­tion dont ils tirent profit, ré­pondent par des po­li­tiques qui ne font qu’accroître les maux qu’elles sont cen­sées com­battre : l’exploitation ac­crue du tra­vail par l’augmentation dras­tique de la pres­sion à la pro­duc­ti­vité exercée sur les tra­vailleuses et tra­vailleurs et l’allongement du temps de tra­vail ren­forcent ainsi le chô­mage ; la gé­né­ra­li­sa­tion des po­li­tiques d’austérité plonge les éco­no­mies dans la ré­ces­sion ; le déni des contraintes éco­lo­giques sous la pres­sion de di­vers groupes d’intérêts éco­no­miques et pa­tro­naux ac­cé­lère le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et mul­ti­plie les risques de pol­lu­tions in­dus­trielles ; la mise en cause des conquêtes dé­mo­cra­tiques et le ren­for­ce­ment d’instances non élues dans les prises de dé­ci­sion po­li­tique – à l’image de la toute-puissante « troïka » dans le cas de la Grèce, dont les ins­pec­teurs oc­cupent les mi­nis­tères pour veiller à la bonne ap­pli­ca­tion de plans d’austérité qui semblent se suc­céder sans fin – ren­forcent la dé­fiance des po­pu­la­tions à l’égard des ins­ti­tu­tions en place.

Enfin, des formes sub­tiles de stig­ma­ti­sa­tion des ten­ta­tives d’émancipation par les pra­tiques cultu­relles, di­men­sion trop sou­vent laissée pour compte dans les ana­lyses cri­tiques contem­po­raines, fa­vo­risent des phé­no­mènes d’exclusion de ca­té­go­ries de la po­pu­la­tion, comme les ha­bi­tants des quar­tiers po­pu­laires, ex­clu­sion qui se ma­ni­feste aujourd’hui par des ré­voltes, y com­pris dans des pays qui avaient pu être pré­cé­dem­ment érigés en mo­dèles d’intégration so­ciale – comme ce fut le cas pour la Suède en mai 2013.

Dans ce contexte, marqué par les pro­fondes et ra­pides mu­ta­tions que nous avons ici dé­crites à grands traits, il s’agit de contri­buer à ré­ac­tua­liser les contours d’un projet d’émancipation. Il ne peut être éla­boré, nous l’avons sou­ligné, qu’au creuset des crises, des luttes et des nou­velles pro­blé­ma­tiques contem­po­raines. Ainsi, il pa­raît aujourd’hui im­pos­sible d’envisager un projet d’émancipation qui ne s’appuie sur la cri­tique des ten­ta­tions pro­duc­ti­vistes et donc anti-écologiques nour­ries par cer­tains sec­teurs de la gauche au xxe siècle, qui ne pro­meuve une tran­si­tion éco­lo­gique pla­ni­fiée dé­mo­cra­ti­que­ment et qui ne tienne compte de la course de vi­tesse en­gagée pour ne pas trop dé­passer le seuil dit dan­ge­reux des 2 °C de hausse des tem­pé­ra­tures moyennes sur le globe.

De même, un tel projet d’émancipation ne peut faire l’impasse sur les fortes li­mites dont ont fait preuve les mou­ve­ments pro­gres­sistes en gé­néral au xxe siècle concer­nant la cri­tique de la so­ciété pa­triar­cale et du ra­cisme, et la lutte contre toutes les do­mi­na­tions, y com­pris dans leurs propres rangs. Enfin, la ré­éla­bo­ra­tion d’un tel projet ne peut faire l’économie d’une ré­flexion sur la ques­tion de la bu­reau­cratie, de la so­ciété ad­mi­nis­trée et du « so­cia­lisme » non dé­mo­cra­tique, non seule­ment du point de vue du né­ces­saire bilan à tirer des ex­pé­riences de « so­cia­lisme réel­le­ment exis­tant » au xxe siècle, mais aussi dans la me­sure où ce pro­blème reste d’actualité, en par­ti­cu­lier dans le cadre des dé­bats en­tou­rant les ten­ta­tives de trans­for­ma­tions so­ciales an­ti­li­bé­rales à l’œuvre en Amé­rique du Sud et cen­trale18. Par­tant de ce constat, nous avons construit cet ou­vrage en fonc­tion, d’une part, de l’analyse des of­fen­sives et des crises du ca­pi­ta­lisme ces der­nières an­nées et, d’autre part, des ré­sis­tances et pro­jets al­ter­na­tifs qui s’élaborent aujourd’hui.

Crise des alternatives et nouveaux enjeux de l’émancipation

Il n’en de­meure pas moins que, dans ce contexte, les al­ter­na­tives éman­ci­pa­trices peinent à se frayer un chemin et plus en­core à ac­quérir une au­dience de masse. Le contenu de ces al­ter­na­tives – et no­tam­ment des ré­ponses à la ques­tion de la ma­nière dont pour­rait fonc­tionner la so­ciété sur d’autres bases éco­no­miques, po­li­tiques et so­ciales – n’apparaît pas clai­re­ment et semble aux yeux de beau­coup re­lever du do­maine de la pure utopie.

Ce sont jusqu’aux termes qui ont émergé ces vingt der­nières an­nées pour qua­li­fier ces al­ter­na­tives – an­ti­mon­dia­lisme d’abord, à la fin des an­nées 1990, puis al­ter­mon­dia­lisme, an­ti­li­bé­ra­lisme, an­ti­ca­pi­ta­lisme – qui illus­trent la dif­fi­culté de des­siner un projet de so­ciété en po­sitif, après les fortes dés­illu­sions en­traî­nées par l’échec des pro­jets so­cia­listes au cours du xxe siècle. Dans le monde fran­co­phone en par­ti­cu­lier, la forte ré­ac­tion idéo­lo­gique an­ti­marxiste et plus gé­né­ra­le­ment an­ti­so­cia­liste qui est montée en puis­sance à partir des an­nées 1980, mar­quée par l’émergence de ceux que l’on a ap­pelés les « nou­veaux phi­lo­sophes », et par la contre-offensive de l’idéologie néo­li­bé­rale, a pu un temps sem­bler triom­phante dans le champ intellectuel.

Elle a placé, en tout cas, les cou­rants de pensée cri­tique sur la dé­fen­sive, dans la me­sure no­tam­ment où ceux-ci se voyaient sys­té­ma­ti­que­ment sus­pectés de faire le lit du « to­ta­li­ta­risme ». Dans ce climat dé­fa­vo­rable, on a pu constater, sou­vent à raison, plu­sieurs écueils des pen­sées cri­tiques : une cer­taine dé­con­nexion avec la réa­lité des mou­ve­ments so­ciaux, un repli sur la sphère aca­dé­mique, ainsi que l’émiettement des dif­fé­rentes tra­di­tions cri­tiques dans des cha­pelles, selon des cri­tères po­li­tiques fri­sant par­fois le sec­ta­risme, ou ar­ti­fi­ciel­le­ment cal­qués sur les fron­tières des dis­ci­plines uni­ver­si­taires19.

À l’inverse, cer­tains mi­li­tants se sont ré­fu­giés dans des pra­tiques mi­li­tantes ponc­tuelles, certes né­ces­saires, mais dé­con­nec­tées de tout projet de trans­for­ma­tion po­li­tique et so­ciale de plus grande am­pleur et fondé sur un ho­rizon théo­rique éla­boré et dis­cuté. La mé­fiance lé­gi­time ré­pandue dans les jeunes gé­né­ra­tions, après les tra­gé­dies du xxe siècle, face à tout projet d’émancipation pré­senté « clefs en main » y est cer­tai­ne­ment pour quelque chose.

Un autre fac­teur peut, de ce point de vue, ex­pli­quer cette si­tua­tion : la dif­fi­culté de jeter des ponts entre gé­né­ra­tions de mi­li­tants et d’intellectuels, no­tam­ment entre une gé­né­ra­tion en­core for­te­ment in­fluencée par le mar­xisme des an­nées post-68, et de nou­veaux vi­sages plus jeunes, po­li­tisés à partir de l’émergence des mou­ve­ments altermondialistes.

À sa me­sure, cet ou­vrage col­lectif vou­drait pré­ci­sé­ment contri­buer à sur­monter ces dif­fi­cultés, en com­bi­nant des ana­lyses ponc­tuelles avec des ten­ta­tives de ré­flexion théo­rique plus glo­bales, et en fai­sant appel à des contri­bu­tions de cher­cheurs de dif­fé­rents ho­ri­zons, en termes gé­né­ra­tion­nels, so­cio­lo­giques – il réunit aussi bien des contri­bu­tions is­sues du monde uni­ver­si­taire que celles d’acteurs des mou­ve­ments so­ciaux – et en termes de tra­di­tions po­li­tiques liées à la gauche ra­di­cale. Leur am­bi­tion com­mune est d’explorer les nou­veaux en­jeux de l’émancipation. L’originalité du pré­sent projet consiste ainsi en ce qu’il ne se tient pas à une cri­tique so­ciale aca­dé­mique, ni à la seule ana­lyse des causes de la crise ac­tuelle du sys­tème. Il part d’une pro­blé­ma­tique pra­tique pour dresser, dans une op­tique in­ter­na­tio­nale, un ta­bleau gé­néral des lignes de faille dans le sys­tème ca­pi­ta­liste, à partir des­quelles peuvent s’articuler des pers­pec­tives concrètes d’émancipation sociale.

Dans sa vo­lonté de penser l’émancipation, cet ou­vrage a cherché à éviter de trop cir­cons­crire cette no­tion. Nous es­ti­mons qu’il est im­pos­sible de dé­ter­miner a priori un champ précis qui re­lè­ve­rait seul de l’émancipation. Cette no­tion ne doit néan­moins pas perdre de sa force et de sa spé­ci­fi­cité, au risque de se voir ap­pli­quée à des pro­cessus contra­dic­toires. Nous com­pre­nons l’émancipation comme une li­bé­ra­tion in­di­vi­duelle et col­lec­tive face aux dif­fé­rents modes de do­mi­na­tion : éco­no­miques, po­li­tiques, so­ciaux et culturels.

Ainsi, penser l’émancipation im­plique de connaître et de com­prendre les dy­na­miques qui lui font obs­tacle ainsi que les es­paces so­ciaux dans les­quels elle peut ou doit ad­venir. Il s’agira de se de­mander com­ment il est pos­sible de se li­bérer de telles do­mi­na­tions et de mettre en place des formes d’organisation so­ciale al­ter­na­tives, et quelles sont les pra­tiques de lutte qui rendent pos­sibles de tels processus.

L’émancipation re­pré­sente une forme de li­bé­ra­tion ra­di­cale par la­quelle l’être hu­main peut ren­verser l’ordre établi, ré­sister aux dif­fé­rentes formes d’aliénation, s’approprier des lieux de li­berté, créer de nou­velles formes de vie so­ciale, conce­voir des al­ter­na­tives, lutter. Le po­si­tion­ne­ment de l’émancipation entre ses pôles in­di­vi­duel et col­lectif consti­tuera un des en­jeux de ques­tion­ne­ment cen­tral de cet ouvrage.

Sans re­nier l’importance de la di­men­sion in­di­vi­duelle, la mise au jour de la ten­dance contem­po­raine à se res­treindre à cette seule sphère doit per­mettre de pointer les li­mites de cer­taines formes d’émancipation. En en­vi­sager la portée col­lec­tive im­plique éga­le­ment de poser la ques­tion du rap­port entre éman­ci­pa­tion et sys­tème so­cial. L’émancipation prescrit-elle cer­taines formes spé­ci­fiques d’organisation cultu­relle, éco­no­mique ou po­li­tique ? La re­la­tion entre éman­ci­pa­tion et pou­voir est-elle d’ordre an­ti­thé­tique ou s’agit-il, après tout, de s’approprier et d’exercer col­lec­ti­ve­ment le pou­voir ? Ce sont ces dif­fé­rents en­jeux qui se­ront abordés au fil des dif­fé­rents cha­pitres de cet ou­vrage, afin d’esquisser des pistes de ré­flexion et d’action en vue de l’émancipation.

Notes:
1. Karl Marx et Frie­drich En­gels, L’Idéologie al­le­mande (1845), sec­tion A : « L’idéologie en gé­néral et en par­ti­cu­lier l’idéologie al­le­mande », Édi­tions so­ciales, Paris, 2012, p. 64. Dis­po­nible en ligne sur www.marxists.org.
2. Karl Marx, Ma­nus­crits de 1844, Troi­sième ma­nus­crit, Édi­tions so­ciales, Paris, 1972, p. 91. Dis­po­nible en ligne sur www.marxists.org. Sur les en­jeux contem­po­rains de l’émancipation à la lu­mière de l’œuvre de Marx, voir aussi Lu­cien Sève, Alié­na­tion et éman­ci­pa­tion, La Dis­pute, Paris,2012.
3. Sur la crise éco­no­mique, pour une ap­proche cri­tique glo­bale, voir no­tam­ment Gu­gliemo Car­chedi, Be­hind the Crisis. Marx’s Dia­lectic of Value and Know­ledge, Hay­market Books, Londres,2012 ; Gé­rard Du­menil et Do­mi­nique Lévy, The Crisis of Neo­li­be­ra­lism, Har­vard Uni­ver­sity Press, Mas­sa­chu­setts, 2011 ; Isaac Johsua, La Grande Crise du xixe siècle. Une ana­lyse mar­xiste, La Dé­cou­verte, Paris, 2009 ; An­drew Kliman, The Fai­lure of Ca­pi­ta­list Pro­duc­tion. Un­der­lying Causes of the Great Re­ces­sion, Pluto Press, Londres, 2012 ; Mi­chael Ro­berts, The Great Re­ces­sion. Profit Cycles, Eco­nomic Crisis. A Mar­xist View, www.archive.org, 2009 ; Éric Tous­saint et Da­mien Millet (sous la di­rec­tion de), La Dette ou la vie, Aden, Bruxelles, 2011. Sur la crise so­ciale dans les pays évo­qués ici, voir no­tam­ment Sta­this Kou­ve­lakis, « In the greek caul­dron », New Left Re­view, novembre-décembre 2011, no 72 ; Mi­guel Ro­mero Baeza, « Es­pagne. La grève gé­né­rale du 14 no­vembre. Quelles suites ? », www.europe-solidaire.org, no­vembre 2012 ; Ca­the­rine Sa­mary, « Eas­tern Eu­rope face with the crisis of the system », in Özlem Onaran (sous la di­rec­tion de), Ca­pi­ta­lism, Crisis and Al­ter­na­tives, Re­sis­tance Book, Londres, 2012.
4. D’autres formes po­li­tiques nou­velles sont plus dif­fi­ciles à ap­pré­hender, comme le Mou­ve­ment 5Étoiles en Italie. Pour une ap­proche cri­tique de ce mou­ve­ment, voir Ugo Pal­heta, « Le succès de Bepe Grillo, ex­pres­sion po­li­tique du pré­ca­riat ? », www.europe-solidaire.org, mars 2013.
5. Pour une vue d’ensemble des sou­lè­ve­ments po­pu­laires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, voir Gil­bert Achcar, Le peuple veut. Une ex­plo­ra­tion ra­di­cale du sou­lè­ve­ment arabe, Actes Sud, Arles, 2013 ;Ha­nieh Adam, Ca­pi­ta­lism and Class in the Gulf Arab States, Pal­grave Mac­millan, New York, 2011 ; Samir Amin, The People’s Spring. The Fu­ture of the Arab Re­vo­lu­tion, Pam­ba­zuka Press, Ox­ford, 2012. Sur le mou­ve­ment so­cial au Bur­kina Faso, Lila Chouli, Bur­kina Faso 2011. Chro­nique d’un mou­ve­ment so­cial, Tahin Party, Lyon, 2012.
6. Au sujet de l’implication des États-Unis dans ces trois pays, ré­vélée no­tam­ment par des câbles di­plo­ma­tiques dif­fusés par Wi­ki­leaks, voir res­pec­ti­ve­ment Her­nando Calvo Os­pina, « Petit précis de dé­sta­bi­li­sa­tion en Bo­livie », Le Monde di­plo­ma­tique, juin 2010 ; Mau­rice Le­moine, « Coups d’État sans fron­tière », Le Monde di­plo­ma­tique, août 2002 ; Nick Alexan­drov, « Hon­duras : the Killings Continue », www.counterpunch.org, fé­vrier 2013.
7. Pour une ana­lyse glo­bale de la place des pays du Sud dans l’organisation in­ter­na­tio­nale du tra­vail, voir la brillante étude pu­bliée ré­cem­ment par le mar­xiste in­dien Vijay Pra­shad, The Poorer Na­tions : A Pos­sible His­tory of the Global South, Verso, Londres, 2013. Pour une mise en pers­pec­tive de la tra­gédie d’avril 2013 au Ban­gla­desh, voir, du même au­teur, « Made in Ban­gla­desh. The terror of ca­pi­ta­lism », www.counterpunch.org, avril 2013.
8. Concer­nant les re­con­fi­gu­ra­tions au sein de la di­vi­sion in­ter­na­tio­nale du tra­vail dans le contexte de la crise du ca­pi­ta­lisme, voir la syn­thèse de l’économiste ar­gentin Claudio Katz, « Crise du ca­pi­ta­lisme. Un jeu mon­dial… d’échecs », In­precor, jan­vier 2012, dis­po­nible en ligne sur www.inprecor.fr.
9. Pour une ré­flexion ré­cente sur la sé­quence his­to­rique ac­tuelle mar­quée par l’émergence de nou­veaux mou­ve­ments so­ciaux dans les pays émer­gents, voir Claude Ga­briel, « À l’approche d’un demi-siècle d’attente », www.europe-solidaire.org, juin 2013. Pour une vue d’ensemble des luttes ou­vrières en Chine, voir no­tam­ment A Cry of Jus­tice : The Voices of Chi­nese Wor­kers, bro­chure réa­lisée par l’Albert Shanker Ins­ti­tute, dis­po­nible en ligne sur le site in­ternet du China La­bour Bul­letin (www.clb.org.hk/en).
10. Pour une vue d’ensemble ré­cente de la pro­blé­ma­tique dans une pers­pec­tive cri­tique, voir no­tam­ment Mi­chel Du­commun, Rompre avec le ca­pi­ta­lisme : utopie ou né­ces­sité ?, L’Harmattan, Paris, 2011 ; Sté­phane La­vi­gnotte, La dé­crois­sance est-elle sou­hai­table ?, Tex­tuel, Paris, 2010 ; Mi­chaël Löwy, Éco­so­cia­lisme, Mille et une nuits, Paris, 2011 ; Da­niel Ta­nuro, L’Impossible Ca­pi­ta­lisme vert, La Dé­cou­verte, Paris, 2010.
11. Da­niel Ta­nuro, « Cancún : der­rière les bi­lans d’autosatisfaction, la me­nace pour les pauvres se pré­cise », www.europe-solidaire.org, dé­cembre 2010.
12. « Sea change : the Bay of Bengal’s va­ni­shing is­lands », The Guar­dian, 29 jan­vier 2013 ; Mason Inman, « Where war­ming hits hard », Na­ture Re­ports Cli­mate Change, 15 jan­vier 2009, www.nature.com.
13. Voir res­pec­ti­ve­mentS­té­phane Fou­cart, « Le ré­chauf­fe­ment me­nace un tiers des ani­maux et la moitié des vé­gé­taux », Le Monde, 13 mai 2013 ; Da­niel Süri, « Mort des abeilles et pes­ti­cides. La Belle au bois dor­mant ouvre un œil », So­li­da­rités, no 228, mai 2013, www.solidarites.ch ; Ra­chel Warren et al., « Quan­ti­fying the be­nefit of early cli­mate change mi­ti­ga­tion in avoi­ding bio­di­ver­sity loss », Na­ture Cli­mate Change, no 3, 2013, p. 678 – 682.
14. Pour quelques exemples, voir Gilles Bourque, « Le Ca­nada : un État pé­tro­lier dé­lin­quant et ir­res­pon­sable », www.pressegauche.org, 11 juin 2013 ; Em­ma­nuel Raoul, « Sous les sables bi­tu­mi­neux de l’Alberta », Le Monde di­plo­ma­tique, avril 2010 ; Raúl Zi­bechi, « Pérou : la ré­sis­tance à l’industrie mi­nière dans les Andes », www.avant4.be, mai 2013.
15. Pour une pro­blé­ma­ti­sa­tion socio-économique des ques­tions liées au fon­da­men­ta­lisme re­li­gieux au Pa­kistan, voir Tariq Ali, The Clash of Fun­da­men­ta­lisms. Cru­sades, Ji­hads and Mo­der­nity, Verso, Londres, 2002 ; et Ahmed Ra­shid, Pa­kistan on the Brink. The Fu­ture of Ame­rica, Pa­kistan, and Af­gha­nistan, Vi­king Press, New York, 2012.
16. Sur la hié­rar­chi­sa­tion so­ciale des pra­tiques mu­si­cales, voir par exemple Je­remy Gil­bert et Ewan Pearson, Dis­co­gra­phies. Dance, Music, Culture and the Po­li­tics of Sound, First Pa­per­back Edi­tion, Londres, 1999. Voir aussi les ré­flexions de Jacques Ran­cière, par exemple dans Le Spec­ta­teur éman­cipé, La Fa­brique, Paris, 2008.
17. Sur la pro­duc­tion d’une culture pa­triar­cale et hé­té­ro­normée, voir l’essai ré­cent de Mona Chollet, Beauté fa­tale. Les nou­veaux vi­sages d’une alié­na­tion fé­mi­nine, La Dé­cou­verte, Paris,2012, qui s’inspire no­tam­ment des tra­vaux de Naomi Wolf mal­heu­reu­se­ment non tra­duits en fran­çais, en par­ti­cu­lier The Beauty Myth. How Images of Beauty Are Used Against Women, Harper Per­en­nial, New York, 2002. Sur l’intrication du sexisme, du ra­cisme et de l’islamophobie, voir no­tam­ment l’essai ré­cent de Chris­tine Delphy, Classer, do­miner. Qui sont les « autres » ?, La Fa­brique, Paris, 2008. Sur les mu­ta­tions cultu­ra­listes du ra­cisme contem­po­rain, voir no­tam­ment Enzo Tra­verso, « La fa­brique de la haine : xé­no­phobie et ra­cisme en Eu­rope », Contre­temps, no 9, avril 2011, www.contretemps.eu.
18. Sur ces dé­bats, voir par exemple Franck Gau­di­chaud (sous la di­rec­tion de), Amé­rique la­tine.Éman­ci­pa­tions en construc­tion, Syl­lepse, Paris, 2013.
19. Sur l’actualité des pen­sées cri­tiques, voir Alexis Cu­kier, Fa­bien Del­motte et Cé­cile La­vergne (sous la di­rec­tion de), Éman­ci­pa­tion. Les mé­ta­mor­phoses de la cri­tique so­ciale, Édi­tions du Cro­quant, Bellecombes-en-Bauge, 2013 ; Razmig Keu­cheyan, Hé­mi­sphère gauche. Une car­to­gra­phie des nou­velles pen­sées cri­tiques, Zones/La Dé­cou­verte, Paris, 2010 ; Enzo Tra­verso, Où sont passés les in­tel­lec­tuels ?, Tex­tuel, Paris, 2013 ; Col­lectif, Penser à gauche aujourd’hui. Fi­gures de la pensée cri­tique, Am­sterdam, Paris, 2011.
Crédit Photo : Thierry Tillier
Source : Nouveaux Cahiers du socialisme
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