Mandel et l’auto-organisation prolétarienne: Fil conducteur pour une démarche d’émancipation universelle

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1) Expériences historiques du 20e siècle

Pour Ernest Mandel, la tendance à l’auto-organisation démocratique est inhérente aux conditions d’existence des salariées et salariés dans un monde dominé par le mode de production capitaliste. Et on la retrouve, à plus forte raison, cette tendance dans l’évolution «tardive» («Spätkapitalismus») de ce capitalisme, caractérisée entre autres par l’expansion en chiffres absolus et relatifs de la classe ouvrière. Une classe ouvrière composée de toutes celles et ceux qui n’ont que leur force de travail et se trouvent forcés à la vendre pour pouvoir vivre, une classe qui fut transformée par l’intégration progressive en son sein d’éléments hautement formés et disposant d’un horizon culturel élevé.

Ernest Mandel savait bien que la situation «normale» du salariat dans la société de classe capitaliste implique la soumission aux lois de la concurrence et donc aussi la soumission à l’autorité du patron et des institutions au service des intérêts patronaux. Déjà Karl Marx, dans «l’Idéologie allemande», avait déclaré que l’idéologie dominante, normalement, c’est l’idéologie des dominants. D’autre part, pour lui, la révolution prolétarienne socialiste serait la première révolution faite en toute conscience et donc en rupture avec l’idéologie bourgeoise dominante. Il s’agit dès lors d’une contradiction criante, et la seule possibilité de la dépasser, encore d’après Marx (comme il dit dans ses thèses sur Feuerbach), c’est la pratique («Praxis») révolutionnaire.

Cette idée, qui semble assez philosophique et abstraite à première vue, Mandel fut à même de l’expliquer de manière très concrète en s’appuyant sur des expériences historiques importantes du XXe siècle (même si la série de ces expériences débute avec la Commune de Paris de 1871). Notamment les révolutions de 1905 et de 1917 en Russie, de 1918-1923 en Allemagne et en Hongrie, de 1936/37 en Catalogne, en partie aussi celles de mai 1968 en France et du «mai rampant» en Italie de 1969, ainsi que la «révolution des œillets» portugaise en 1974/75. Tous ces épisodes ont démontré, selon Mandel, que périodiquement, dans des situations de crise sociale et institutionnelle, cette tendance lourde à l’auto-organisation des masses prolétariennes se matérialise. Et que tout en créant des situations prérévolutionnaires ou révolutionnaires, elles ouvrent la possibilité imminente d’un changement fondamental, d’une révolution véritable donnant le pouvoir à la classe ouvrière et déclenchant un processus d’émancipation universelle et internationale (voire planétaire). Elles préfigurent déjà le dépassement de toute exploitation, oppression et aliénation pour faire naître le début de la véritable histoire humaine, caractérisée par la satisfaction des besoins vitaux et par l’épanouissement des capacités créatives de tous les individus. Quant aux mouvements de masse dans les pays de l’Europe de l’Est, créant des «soviets» (des conseils ouvriers et populaires) en Hongrie en 1956, en Pologne en 1970 etc., ils montraient pour Ernest Mandel la même potentialité, dans ces cas-là dirigées contre les maîtres du Parti-Etat bureaucratique prétendant exercer le pouvoir pour et au nom de la classe ouvrière.

L’élément décisif de cette auto-organisation ouvrière et populaire, pour Ernest Mandel, ce sont – en partant des comités de grève inclusifs et représentatifs de tou.te.s les salarié.e.s des usines et entreprises impliqués dans une lutte commune – les conseils des ouvriers, des soldats, des paysans pauvres et des masses pauvres des métropoles urbaines. En s’organisant de manière collective et démocratique, ces conseils créent une nouvelle légitimité en se développant par en bas. Ils plantent le germe d’une nouvelle organisation de la société humaine, capable de dépasser les rapports de domination entre les humains mais aussi le rapport destructeur de l’homme en tant que producteur vis-à-vis des bases naturelles de sa survie sur notre terre, à laquelle il appartient et à laquelle il reste indissociablement lié.

2) Expérience vécue: La grève générale de 1960/61

La grande grève générale et insurrectionnelle de l’hiver 1960/61, ce mouvement largement suivi, surtout en Wallonie, Ernest Mandel, qui avait contribué à le préparer depuis 1954, l’avait vu de près et y avait participé personnellement. C’est lors de ces évènements que tout ce qu’il connaissait par ses lectures d’œuvres historiques et de comptes-rendus de contemporain.e.s ou de participant.e.s aux expériences semblables du passé devint alors pour lui une expérience vivante et vécue! Au fur et à mesure que ce mouvement se développait et s’élargissait à un niveau tout au moins régional, la logique même de la lutte et du bras de fer avec le patronat et le gouvernement à son service menait les participantes et participants à étendre leur activité collective à de plus en plus de domaines normalement dominés par des instances de l’Etat en place. Cela allait de la prise de décision démocratique des prochaines actions des grévistes jusqu’à la garde des enfants en passant par l’animation d’activités culturelles, l’organisation des transports publics et même jusqu’à la prise en charge de la sécurité publique!

Ernest Mandel aimait citer l’exemple du citoyen liégeois pour qui il n’était possible de retirer de l’argent de son compte en banque pour pouvoir acheter de la nourriture ou d’autres biens de consommation qu’en montrant sa carte de syndiqué. Pas membre de l’association de masse prolétarienne – pas d’argent! Voilà un exemple bien concret de «dictature du prolétariat»!

Car si cette classe ouvrière commence à gérer la société, à exercer son pouvoir, la classe capitaliste jusqu’alors dominante ne peut que se retirer. Ou alors, elle mise sur les forces de répression, et en dernière instance, sur l’armée. C’est une issue possible, dit Ernest Mandel, sauf… si les soldats commencent à discuter entre eux de la nécessité de suivre les ordres (de tirer sur des grévistes, sur les masses populaires insurgées, comme en Russie en 1917 et en Portugal en 1975) ou pas. La pire des choses pour une armée coercitive, disait Mandel, c’est que les soldats discutent… C’est le début de la création de conseils de soldats qui s’allient aux conseils ouvriers et populaires.

Si le mouvement de 1960/61 en Belgique avait échoué, encore d’après Mandel, c’est surtout à cause de la direction «Renardiste». Celle qui avait tant fait pour préparer ce mouvement non seulement défensif – contre les mesures anti-sociales du gouvernement –, mais aussi offensif – contre le pouvoir des holdings capitalistes et des quelques familles dominantes –, avait  fini par désorienter les masses en mouvement en mettant l’accent sur la «Wallonie progressiste» opposée non seulement à Bruxelles mais aussi à la «Flandre rétrograde». Avec ce tournant vers le régionalisme, la solidarité de classe n’avait plus aucune chance de s’élargir – la défaite fut dès lors programmée. L’influence d’Ernest Mandel et des siens n’était pas assez importante pour contrer cette dérive fatale.

Dans mon vécu à moi, il y a aussi une expérience semblable, même si c’était à une échelle bien plus modeste. C’était la lutte des salariés de Krupp Rheinhausen à Duisburg 1987/88 contre la fermeture de leur entreprise qui incluait la grande majorité de la population de la commune concernée. Dans cette lutte, qui dura une demi-douzaine de mois, la conscience des participantes et participants évoluait de manière très rapide. L’espace social et politico-culturel créé par l’auto-organisation des ouvriers, des femmes, des jeunes, du mouvement de solidarité avait favorisé un développement spectaculaire des consciences, à tous les niveaux. Ce n’est qu’avec la défaite, organisée consciemment par les dirigeants opportunistes du syndicat et dans l’organe des représentants du personnel, que ces progrès spectaculaires des consciences émancipatrices furent dilués.

3) Le rôle des partis, organisations et courants

La place de choix des mouvements de masse auto-organisés, des grèves de masse, de la grève générale dans l’approche stratégique d’Ernest Mandel pour changer de fonds en comble les rapports sociaux établis fait penser aux approches stratégiques des anarchistes et anarcho-syndicalistes qui perdurent aujourd’hui. Et pourtant le courant marxiste – et Ernest Mandel se comprenait comme un défenseur acharné de la véritable orthodoxie marxiste révolutionnaire (non pas de ses déformations réformistes, staliniennes, opportunistes et dogmatiques) – s’y était toujours vivement opposé. Ce n’est pas seulement le dirigeant de la fédération des syndicats allemands de l’ADGB, Carl Legien (un social-démocrate plutôt de droite), qui avait proclamé: «grève générale, absurdité générale» («Generalstreik ist Generalunsinn») – même si ce dirigeant, en 1920, avait été amené par les circonstances à appeler lui-même à une grève générale, par ailleurs victorieuse, contre le coup d’Etat de Kapp! Friedrich Engels, le compagnon si proche de Karl Marx, avait formulé le même verdict que Legien contre l’idée de la grève générale. L’argumentation était la suivante: Si le parti ouvrier, la social-démocratie, a conquis la majorité, il prend le pouvoir (p.ex. en gagnant les élections parlementaires) et donc, la grève générale est superflue. Mais si le parti ouvrier est minoritaire, la grève générale lancée par lui ne peut être qu’une action minoritaire, et doit donc échouer.

Mais Ernest Mandel a bien souligné l’apport de Rosa Luxemburg, qui s’appuyait sur l’expérience de la révolution russe de 1905, à ce débat. Le mouvement de grève de masse, a-t-elle expliqué, développe lui-même une dynamique changeant rapidement le rapport de force politique et les majorités. Un parti, même révolutionnaire, même organisant des dizaines ou des centaines de milliers de membres, est vite noyé dans un mouvement si large. Il n’est pas question d’un «état-major» du parti dirigeant par décrets un tel mouvement. Les larges masses, souligne Mandel en suivant l’argumentation de Luxemburg, apprennent surtout par l’action directe. C’est au sein d’actions de ce genre qu’ils créent l’espace social qui permet d’apprendre vite et de manière très efficace.

Néanmoins, le débat controversé des différents partis, organisations et courants politiques au sein des organes d’auto-organisation créés par les masses, est décisif. Naturellement, le développement de la conscience politique est inégal dans les rangs des salariés et des masses populaires, même en mouvement. Une précondition importante pour une victoire révolutionnaire, c’est d’acquérir la majorité pour faire gagner des positions révolutionnaires dans les organes d’auto-organisation créées par les masses elles-mêmes. Si les bolcheviks, en Russie en octobre 1917, n’avaient pu gagner la majorité dans les conseils, la révolution aurait échoué comme en Allemagne 1918/19, où les menchéviks allemands (du SPD «majoritaire» d’Ebert, Scheidemann et Noske) avaient pu s’imposer au sein des conseils des ouvriers et des soldats.

Donc, dans les organes d’auto-organisation ouvrière et populaire, d’après Mandel, la pluralité des opinions politiques est non seulement caractéristique mais indispensable. En même temps, ce qui est décisif, c’est que des positions et courants révolutionnaires réussissent à gagner des majorités à leurs opinions générales et à leurs propositions concrètes au sein de ces organes. Car les bolcheviks de février 1917 en Russie, s’ils étaient largement minoritaires, avaient quand même déjà une implantation solide dans les milieux ouvriers des grandes usines à Petrograd et à Moscou. Et mesurant leur implantation à l’aune de la nôtre aujourd’hui, avouons que nous – héritiers de la tradition marxiste-révolutionnaire si bien articulée par Ernest Mandel – sommes hélas bien loin de la candidature au rôle de direction d’un processus révolutionnaire authentique! Et si des mouvements larges créant des situations prérévolutionnaires éclataient, avec nos organisations marxistes-révolutionnaires encore tellement marginales  en ce moment – tout comme par ailleurs au Portugal en 1974/75 – les chances d’obtenir des majorités pour des positions révolutionnaires conséquentes au sein des organes d’auto-organisation des masses semblent minimes: c’est un des problème qu’Ernest Mandel ne me semble pas avoir réussi à résoudre.

4) Continuité et rupture – auto-organisation des luttes et de la société

Car si les organes d’auto-organisation démocratique prolétarienne et populaire ne s’imposent pas, à la longue, les institutions de l’Etat du pouvoir bourgeois établi les détruiront. Peut-être par la force, peut-être en intégrant un reste du mouvement des conseils dans le fonctionnement normal d’une république parlementaire tout en rétablissant le pouvoir de la classe des possédants capitalistes ainsi que des hiérarchies bureaucratiques civiles, policières et militaires. Ce genre de «contre-révolution démocratique» a eu lieu en 1919 en Allemagne ainsi qu’en 1975/76 au Portugal. Mais si ces organes d’auto-organisation s’imposent, ils contestent puis revendiquent l’autorité des institutions étatiques établies, déclarées dès lors «ancien régime», et exercent le pouvoir, l’autorité publique, à leur place. C’est le moment d’une rupture révolutionnaire, de la prise du pouvoir de la classe ouvrière conjointement avec les autres couches des masses populaires opprimées. Les conseils, créés au départ pour auto-organiser la lutte des ouvrières, ouvriers et opprimé.e.s de tout genre, commencent à autogérer la société dans son ensemble, y compris surtout son économie.

C’est, dans la pensée d’Ernest Mandel, l’aspect de continuité entre l’auto-organisation du salariat et des autres opprimé.e.s organisant démocratiquement leur lutte au sein d’une société toujours et encore dominée par le grand capital, et le principe d’organisation de la société après la prise du pouvoir des conseils. La démocratie écosocialiste se base sur le principe de l’autogestion des productrices et producteurs, des consommatrices et consommateurs, non seulement des entreprises, mais aussi de toutes les institutions à tous les niveaux de la société, et ceci combiné à une élaboration démocratique des décisions politiques et stratégiques qui s’imposent aux niveaux régionaux, nationaux, voire internationaux et globaux.

Ceci implique, bien entendu, non seulement la sécurité existentielle matérielle de toutes et tous, mais aussi une réduction radicale du temps de travail. Sans cela, les masses ne peuvent pas réellement exercer le pouvoir, et nous reverrons des élites minoritaires accaparer les postes de commande, et ce genre de couches sociales finit toujours par régner pour leurs propres intérêts et privilèges, ce qui ne peut faire qu’échouer le projet d’émancipation générale.

5) Les préconditions pour l’auto-organisation prolétarienne pourrissent-elles?

Ernest Mandel comprenait bien les tendances contradictoires du capitalisme contemporain, combinant la concentration des capitaux et la centralisation de la production capitaliste avec des processus développant de nouvelles tendances à la décentralisation, à la création de nouvelles entreprises ou l’établissements de nouveaux petits entrepreneurs s’enracinant dans de nouveaux espaces créés par l’action des grands trusts monopolistiques ou oligopolistiques. Il en parle dans son œuvre d’analyse économique majeure, son «Spätkapitalismus» [«capitalisme tardif», ouvrage traduit en français sous le titre «Le troisième âge du capitalisme»] de 1972. Néanmoins, l’organisation des «bataillons lourds» du prolétariat dans les secteurs industriels traditionnels, dans les grandes usines (et mines extractives, voire administrations), joue un rôle important pour son approche stratégique. Car l’organisation capitaliste du travail elle-même – et c’était pour lui une raison d’être optimiste que des employé.e.s de banques, des ingénieur.e.s, des couches de salariées et salariés hautement qualifiés semblaient se voir assimilées aux conditions d’existence de la classe ouvrière au sens le plus restreint du terme – créait pour lui une base de collectivité, de coopération solidaire et donc un potentiel émancipateur redoutable.

Il s’agissait là donc de préconditions importantes pour l’auto-organisation ouvrière et populaire à un niveau de masse, capable potentiellement de prendre en charge la gestion de l’économie et l’exercice du pouvoir politique dans un pays industrialisé donné. Or ces préconditions-là, ne sont-elles pas en train de se décomposer sous nos yeux? Il y a tellement d’avatars marquant l’évolution des modes de production qui semblent aujourd’hui porter en eux des tendances lourdes à la fragmentation, à la désolidarisation et à l’atomisation du salariat… Tant de situations précaires d’une partie croissante du salariat rendent de plus en plus difficile l’engagement des individus concernés dans des luttes collectives sur les lieux de travail. Et cela sans parler de la décomposition des milieux ouvriers traditionnels. Traditionnels dans le sens où, poussant à des prises de conscience de classe par le vécu quotidien et par la communication sociale et politique auto-organisée dans le «monde du travail», ils donnaient aux concernés une capacité de résistance importante à la pression de l’opinion publique bourgeoise articulée par les grands médias et s’appuyant sur la concurrence entre les salariées et salariés des différentes catégories.

Bien entendu, ces tendances sont partiellement créées par des mécanismes très artificiels. Si on se balade chez Ford Köln ou Bayer Leverkusen, on risque de rencontrer de plus en plus de salariées et salariés travaillant pour une multitude de firmes diverses, souvent avec un statut précaire. Il y a l’«outsourcing», les grandes firmes préférant des contrats avec des sous-traitants, d’autres petites firmes ou des soi-disant «entrepreneurs indépendants» à l’embauche directe. Puis il y a les grands trust qui se scissionnent eux-mêmes délibérément, ne serait-ce que pour esquiver les droits syndicaux de cogestion du personnel qui sont, en Allemagne, sensiblement plus importants dans une grande entreprise avec beaucoup de salariés que dans une usine où il y en a moins.

De toute façon, des catégories entières de prolétaires, ces gens forcés à travailler pour le profit d’autrui pour pouvoir exister, qui, il y a trente ans, avaient normalement des contrats de travail réguliers, travaillent aujourd’hui sous le régime des «honoraires» ou avec des contrats de courte durée. La «flexibilisation» des conditions de travail ainsi que les attaques contre les éléments de solidarité institutionnalisée (comme les diverses assurances sociales) ont miné sensiblement la potentialité de collectivisme solidaire et rebelle sur laquelle Ernest Mandel avait misé.

Il faut donc étudier les mouvements actuels et essayer de comprendre comment des nouvelles solidarités de classe peuvent se construire aujourd’hui. Il est certain que nous vivons des expériences d’auto-organisation par en bas nouvelles et spectaculaires à un niveau de masse. Comme avec «Nuit debout» en France, même si cette auto-organisation se développe essentiellement dans le temps «libre», dans une sphère en dehors des lieux de travail. D’autre part, il semble certain que c’est seulement en se combinant avec des processus d’auto-organisation sur les lieux de travail, mettant en question au quotidien l’autorité patronale et, en partant de là, l’autorité des institutions au service du pouvoir patronal, qu’une dynamique révolutionnaire semblable à celle des mouvements des conseils historiques du XXème siècle pourrait voir le jour.

L’idée essentielle dans ce domaine, c’est de faire converger les différentes luttes et mobilisations et de les combiner avec un mouvement de grève à caractère de masse. Le tout en poussant à un degré d’auto-organisation élevé dans les lieux de travail et de formation, dans les entreprises privées, services publics, universités et écoles, et de les orienter vers une finalité commune: la construction d’une alternative solidaire contre la dictature de la concurrence et du grand capital. Et dans ce domaine, il n’y a pas de prédictions… il n’est pas possible de prévoir si cela va réussir ou non! Mais nous n’avons pas le choix ; il faut à tout prix essayer de le faire, parce que l’échec de cette démarche signifierait la fin de la civilisation humaine dans une spirale de violences guerrières et de destructions – y compris écologiques – de plus en plus fatales.

* Manuel Kellner, né en 1955, membre de la IVème Internationale en Allemagne ainsi que du parti Die Linke et du syndicat IG Metall, politologue, historien et philosophe, est l’auteur d’une thèse de doctorat (2006) sur l’œuvre d’Ernest Mandel (parue sous le titre «Gegen Kapitalismus und Bürokratie – zur sozialistischen Strategie bei Ernest Mandel» [«Contre capitalisme et bureaucratie – stratégie socialiste chez Ernest Mandel»]), Köln/Karslruhe, 2009. Vivant son enfance à Bruxelles, il a connu Ernest Mandel en 1972, quand celui-ci avait été frappé par l’interdiction professionnelle et de séjour en Allemagne par le gouvernement social-libéral Brandt/Genscher et l’avait gagné à joindre la IVème Internationale. Son motif principal pour la rédaction de la dite thèse avait été, selon-lui, d’étudier de manière critique les bases principales de sa propre socialisation politique.

Article publié dans La Gauche #79, septembre-octobre 2016.

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