Isabelle Blume, une figure montoise du féminisme

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Redécouverte à l’occasion de Mons 2015 [Capitale européenne de la Culture], car mise en lumière par l’exposition «Mons Superstar», Isabelle Blume est une personnalité montoise quelque peu oubliée, bien que d’une importance capitale pour l’histoire du féminisme, de l’antifascisme et de l’anticapitalisme belge.

Retour sur une vie passionnante et sur une personnalité passionnée

Née dans la campagne baudouroise en 1882, Isabelle Blume, née Grégoire, fréquente le temple protestant de Baudour et est rapidement interpellée par la misère ouvrière de sa région. En 1911 elle décroche un diplôme de régente littéraire et épouse quelques années plus tard le pasteur David Blume, socialiste et franc-maçon. Elle commence à donner des cours dans la paroisse de son mari et y enseigne déjà ses idées féministes et socialistes.

Le couple est rapidement séduit par le socialisme et c’est ainsi que tout naturellement, elle s’inscrit au Parti ouvrier belge, ancêtre du Parti socialiste. Elle y défend avec ardeur le droit des femmes et impose rapidement l’idée d’un suffrage universel étendu aux femmes. C’est ainsi qu’en 1928, elle est désignée secrétaire nationale des Femmes socialistes et prend la tête du Comité national d’action féminine du POB. Malgré ses revendications, ses camarades du parti s’opposent encore et toujours au vote féminin, craignant les votes catholiques. Pire encore, au sein-même du POB, certains membres s’opposent encore au travail des femmes, jugé menaçants pour les emplois masculins.

Dans les années 30, elle publie une série «La démocratie conjugale» dans laquelle elle dénonce la suprématie domestique masculine, dans une revue syndicale. Rapidement, la publication est interdite et stoppée par les dirigeants syndicaux. D’autre part, dès 1932, elle dénonce la montée du fascisme et mène des actions féministes et antifascistes à Vienne.

En 1936, elle est élue députée socialiste à Bruxelles et consacre son premier discours parlementaire à l’égalité salariale entre hommes et femmes. Elle devient ainsi la deuxième femme députée de l’histoire. La même année, elle se rend en Espagne et organise la solidarité avec les travailleurs qui luttent contre la dictature franquiste et adopte par la même occasion un orphelin espagnol. Dès lors, elle devient la cible des fascistes, elle est régulièrement insultée, agressée par des partisans d’extrême-droite.

En 1940, elle se réfugie d’ailleurs en Grande-Bretagne et se consacre alors au service social des marins belges. Elle se passionne de plus en plus pour l’Union soviétique, se tournant chaque jour un peu plus vers des positions communistes. En 1946, de retour en Belgique, elle fait voter une loi qui sanctionne les souteneurs mais se voit refuser son projet de loi visant à placer des policières féminines au sein des commissariats dans le but de défendre des prostituées, femmes violées ou violentées.

La rupture avec le Parti socialiste belge

Isabelle Blume consacre les années qui suivent à l’enseignement. Elle veut éduquer les femmes, trop souvent délaissées par l’instruction. Elle sillonne la campagne, donnant cours, meetings, conférences, distribuant des syllabus sur son passage. En 1951, elle est finalement exclue du Parti socialiste belge (PSB). Les dirigeants du parti ne pouvant que constater le fossé qui s’était creusé entre le parti et les opinions communistes et féministes de la députée.

Jusque 1954, elle siège en tant que députée indépendante et voue sa vie au Conseil mondial pour la paix (CMP). Elle obtient même en 1953 le Prix Staline de la Paix. Elle parcourt le monde entier et mène de nombreuses luttes dans les pays du Tiers-monde. En 1964, elle entre au Comité central du Parti communiste belge et est élue conseillère communale à Hornu en 1965.

Si on ne lui connait pas de critique ouverte du stalinisme, elle n’hésite cependant pas à s’opposer à la présence des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie en 1968 et à militer fermement pour leur retrait. Ce qui lui vaudra d’ailleurs la perte de son poste au CMP.

Jusqu’à la fin de sa vie, Isabelle Blume voyage aux quatre coins du monde et sa lutte contre le capitalisme se renforce chaque jour. Elle décède le 12 mars 1975 et laisse de nombreuses notes inachevées dans lesquelles elle déclare avoir définitivement rejeté «le capitalisme avec sa négation de toutes les valeurs humaines au profit de l’argent-roi, avec toutes ses valeurs frelatées».

Le 12 mars 2015, profitant des festivités de Mons 2015, Elio Di Rupo, président au Parti socialiste, organisait une cérémonie en l’honneur d’Isabelle Blume, qui visait à la ré-affiliation au PS de cette figure féministe et anticapitaliste belge. Or Isabelle Blume n’avait jamais entamé aucune démarche pour revenir vers le PS, duquel elle avait été exclue en 1951…

Quelques sources :

Suzanne Van Rokeghem, Jacqueline Aubenas, Jeanne Vercheval-Vervoort (2006)

Des femmes dans l’histoire en Belgique, depuis 1830. Luc Pire, Bruxelles.

Eliane Gubin (dir.) (2006) Dictionnaire des femmes belges : XIXe et XXe siècles. Editions Racine, Bruxelles.

www. connaitrelawallonie.wallonie.be

www.carcob.euEmission Télétourisme, RTBF,

www.youtube.com/watch?v=5xORIh7nsUA

Article publié dans La Gauche #79, septembre-octobre 2016.

 

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