Retour sur le magnifique succès des listes PTB-Gauche d’Ouverture

ptbgo!

Les membres de la LCR-SAP se sont réunis le 21 juin pour tirer les leçons de la campagne électorale et analyser les résultats du scrutin. D’une manière générale, ils et elles ont tiré un bilan très positif de la participation de notre organisation, et estimé qu’elle ouvre des perspectives intéressantes. L’appel lancé par la FGTB de Charleroi le Premier Mai 2012 a effectivement reçu un début de concrétisation sous la forme des listes PTB-Gauche d’Ouverture!, et il est d’une grande importance que le succès ait été au rendez-vous. La LCR se considère comme ayant-droit de cette victoire, à laquelle elle a contribué directement par ses candidat-e-s et indirectement en favorisant l’ouverture. Il s’agit maintenant de continuer dans la voie du rassemblement. Nous y reviendrons. En attendant, nous publions ci-dessous une analyse des résultats des listes PTB-GO! et PVDA+, ainsi que des autres listes de gauche. (LCR-web) 

Avant le 25 mai, il y avait des élus de la gauche dite « radicale » dans la plupart des pays d’Europe, pas en Belgique. Cette anomalie est désormais corrigée. Les listes PTB-GO ! envoient en effet deux députés à la Chambre (Raoul Hedebouw à Liège et Marco Van Hees dans le Hainaut), deux autres au Parlement wallon (dont le sidérurgiste Frédéric Gillot) et quatre au Parlement de la région de Bruxelles capitale. A l’exception de Vincent Decroly et de Bernard Wesphael, élus Ecolo qui avaient continué à siéger après avoir démissionné de leur parti (l’un au fédéral, l’autre à la Région wallonne), il n’y avait plus eu de député à gauche du PS et des Verts depuis le début des années quatre-vingts…

Liège et le Hainaut

Les listes PTB-GO recueillent environ 133.000 voix à la chambre, 118.000 au parlement wallon (5,76%) et 15.800 au parlement bruxellois (3,86%) (1). Les scores les plus élevés sont atteints dans la région de Liège : 50.600 voix, soit 8,08% à la Chambre (sur toute la province). Des pointes spectaculaires sont observées dans les cantons de Herstal (20,67%, deuxième parti après le PS), Seraing (15,66%, troisième parti après le PS et le MR), Liège (11,49%), Grâce-Hollogne (11,70%) et Saint-Nicolas (10,32%).

Le deuxième siège à la chambre est décroché dans le Hainaut grâce à 38.000 électeurs représentant 5,17% des votes valablement exprimés. Les cantons hennuyers ne peuvent pas rivaliser avec Herstal ou Seraing, mais les scores dans certains d’entre eux sont loin d’être négligeables : 8,7% à Charleroi, 8,63% à La Louvière, 6,67% à Châtelet et des scores entre 5 et 6% à Mons, Binche, Boussu et Fontaine-L’Evêque.

La province de Namur crée la surprise avec un score de 4,86%. Tiré vers le haut par les résultats des cantons ouvriers du sillon industriel (5,06% à Fosses-la-Ville), il n’est pas très loin du seuil d’éligibilité. Dans les autres circonscriptions, les résultats sont plus modestes. C’est le cas dans le Brabant wallon et au Luxembourg, évidemment, mais aussi à Bruxelles. Dans la capitale, la liste pour la Chambre recueille 19.000 voix (3,84%) ; la barre des 5% n’est franchie que dans le canton de Saint Gilles (7,96%). La liste décroche quatre élus grâce à l’accord technique avec Pirate et ProBruxel.

Les raisons d’un progrès

La progression des listes PTB-GO ! par rapport aux listes PTB+ des élections de 2010 est nette et importante. Lors des élections fédérales de 2010, le PTB+ avait recueilli 39.000 voix dans les circonscriptions wallonnes, auxquelles on pouvait ajouter quelques 9.000 voix de la liste PTB-PVDA+ à Bruxelles. Globalement, le progrès est de plus de 270%. Il est le plus vigoureux dans la province de Namur et à Bruxelles, deux régions où PTB-GO fait plus de trois fois le résultat du PTB en 2010.

Ce bond en avant est le résultat de plusieurs facteurs. Le plus important est sans conteste le mécontentement suscité par la politique d’austérité du gouvernement d’Elio Di Rupo. Au cours de la campagne, sur le terrain, les militant-e-s s’en sont rendu compte : une partie de la base sociale traditionnelle du PS a voulu punir celui-ci et exprimer son désir d’une alternative sociale.

Le deuxième facteur est le ton général de la campagne PTB-GO !, tel qu’il a été donné notamment lors des interventions médiatiques du porte-parole, Raoul Hedebouw. Le discours tenu, les arguments avancés, les revendications proposées à ces occasions, la manière de s’exprimer devant la masse des gens: tout cela était assez bien adapté au niveau actuel de radicalisation.

Le troisième facteur est l’image de rassemblement créée par la « Gauche d’Ouverture » (la LCR, le PC, les personnalités) et accentuée par la déclaration de la FGTB de Charleroi : « Nous nous réjouissons de ce premier pas dans le sens de notre appel du Premier Mai 2012 ». Grâce au « GO », l’électeur-trice de gauche a eu le sentiment que les vieilles querelles étaient en train d’être dépassées, de sorte que le vote pour les listes PTB-GO lui permettrait d’exprimer simplement son adhésion à des mots d’ordre, des principes et des valeurs fondamentaux de toute la (vraie) gauche tels que la justice sociale, la justice fiscale et la solidarité.

Le facteur « Ouverture »

Il est évidemment impossible de donner un poids exact à ces différents éléments. Vu le score atteint en province de Liège, il est probable que Raoul Hedebouw aurait été élu même sur une liste PTB+, sans l’appoint du rassemblement concrétisé dans la « Gauche d’Ouverture ». Mais les sondages ont décollé tour de suite après la conférence de presse de présentation du GO, fin janvier. Une chose semble certaine : sans le GO, Raoul Hedebouw n’aurait pas été rejoint par Marco Van Hees. En effet, la liste PTB-GO ! pour la Chambre dans le Hainaut ne dépasse le seuil d’éligibilité que de 1300 voix environ. Or, les deux candidat-e-s de la LCR amènent 2500 voix à la liste, et celui du PC près de mille en plus. De plus, c’est dans cette province que la gauche syndicale s’est mouillée le plus explicitement, et elle l’a fait parce qu’il y avait ouverture.

Echec des autres listes de gauche

Le succès des listes PTB-Gauche d’Ouverture n’a laissé aucune chance aux autres formations qui sollicitaient les suffrages des électeurs en quête d’alternative à gauche du PS et d’Ecolo.

Emmenée par Vincent Decroly, la liste des Verts de Gauche (VEGA) pour le parlement européen recueille à peine plus de 15.000 voix (0,68%), en dépit de la notoriété de sa tête de liste. La liste pour le parlement wallon dans la circonscription de Liège – le bastion de VEGA- en fait 3.500 (1,02%) et la liste pour le parlement bruxellois 2.500 (0,57%). Quoique VEGA ait bénéficié d’une couverture médiatique non négligeable pour une formation toute neuve, on est très loin des espoirs exprimés par Decroly dans son interview au Soir à l’automne dernier, et encore plus loin du souhait de « trois élus » formulé par un autre porte-parole du mouvement.

Le constat est encore plus cruel pour le Mouvement de Gauche : présent à tous les niveaux, il ne fait que 4 .700 voix à l’Europe, 4500 au fédéral et 4900 à la Région wallonne. Des scores plus que confidentiels, partout bien inférieurs au pour cent…

Pour être complet, il faut encore mentionner la tentative de Gauches Communes : 839 voix pour le parlement bruxellois, 1445 pour la chambre dans la capitale (0,29%). En dépit d’un gros effort de propagande, le front entre le Parti Socialiste de Lutte et le Parti Humaniste n’a pas convaincu les électeurs. A Saint-Gilles, le nombre de voix n’est même pas le tiers de ce qu’il était aux communales.

Répondre à l’appel de Charleroi

Il est clair que les électeurs n’ont pas vu l’intérêt de ces listes. Ayant mal apprécié la situation, les responsables de VEGA et du MG ont cru qu’une dénonciation du « stalinisme » du PTB suffirait à justifier leur existence et que la référence à l’écosocialisme à la façon du Parti de Gauche français leur apporterait une plus-value électorale. Mais ce n’est pas sur ce genre de démarcations très idéologiques que le scrutin pouvait se jouer.

Quant au PSL, après avoir contribué aux communales à mettre sur pied des « fronts de gauche », et avoir tenté de les coordonner par la suite, il aurait souhaité participer au rassemblement PTB-GO ! mais n’a pas su s’y prendre de façon crédible. Sa « lettre ouverte » pour des listes « PTB-unité » est apparue comme un ultimatum. Dommage qu’il ait ensuite essayé de dissimuler son dépit en lançant des attaques déplacées contre le PC et la LCR.

D’une manière générale, le succès pour la gauche de la gauche dans ces élections ne pouvait aller qu’aux formations capables de se placer dans le courant ascendant provoqué par l’appel de la FGTB de Charleroi. A partir du moment où le PTB s’était ouvert quelque peu au principe d’un rassemblement, la LCR a estimé que c’était autour de cette organisation qu’il s’agissait de se regrouper, parce que c’était le seul moyen d’avoir une chance de décrocher un succès et qu’un succès était décisif pour que la polarisation anticapitaliste de la gauche syndicale puisse se poursuivre. Les faits nous ont donné raison et il y a eu un effet « vote utile » à gauche de la gauche.

En Flandre

En Flandre, il n’y a eu aucun regroupement comparable au PTB-Gauche d’Ouverture. Le PTB s’y est présenté sous le sigle PVDA+, comme lors des scrutins précédents, et a accueilli des candidat-e-s d’ouverture – notamment des membres de la LCR-SAP. Il n’y avait aucune autre liste à gauche du sp.a et des Verts.

Faire élire son Président Peter Mertens à la Chambre était un objectif prioritaire du PTB-PVDA. Il échoue de peu. 52.000 électeurs ont voté PVDA+ dans la province d’Anvers. Un très beau score (4,52%), mais, hélas, légèrement inférieur au seuil d’éligibilité. C’est une déception, d’autant plus vive que les militant-e-s ont beaucoup donné et que le PVDA recueille 8,85% des voix dans le canton d’Anvers (plus que le Vlaams Belang, le CD&V et l’Open VLD).

Dans les autres circonscriptions du Nord du pays, les scores du PVDA+, quoiqu’en progrès par rapport à 2010, restent plus modestes : 2,67% en Flandre orientale, 2 ,57% dans le Limbourg, 1,86% dans le Brabant flamand, 1,66% en Flandre occidentale. De plus, ils progressent proportionnellement moins que dans l’autre partie du pays.

Il va de soi que la différence de niveau entre les résultats du PTB-GO et ceux du PVDA+ s’expliquent avant tout par la différence de contexte politique et social entre les deux régions. Face à une droite ultra-majoritaire, de nombreux électeurs de gauche ont préféré continuer à voter pour la social-démocratie et, surtout, pour Groen ! (voir notre article par ailleurs). Il n’est même pas impossible que certains, sur base des sondages, aient cru que le siège de Mertens était dans la poche et qu’ils pouvaient donc donner leur voix à la gauche de gouvernement, afin que celle-ci ne perde pas trop de plumes.

On peut néanmoins se demander si la question de l’ouverture ne se pose pas en Flandre également. Le PVDA n’a pas été capable d’assumer franchement et publiquement la présence sur ses listes de candidat-e-s d’ouverture, et a même commis certaines maladresses. Qui sait si un peu plus de culture du rassemblement n’aurait pas mis Peter Mertens dans la même situation que Marco Van Hees dans le Hainaut ?

  1. Chiffres arrondis. D’une manière générale, les différences de résultats entre les listes fédérales, régionales et européennes ne sont guère significatives.
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