Quelle sera la vitesse de la montée des océans ?

La Belgique est avec les Pays-Bas un des pays les plus vulnérables d’Europe concernant la montée du niveau des océans. Un tiers de la population en Flandre Occidentale vit dans des polders au dessous du niveau de la mer. Et la côte belge, à un kilomètre de la plage, est constituée à moitié par des appartements et d’autres habitations. Sans une protection supplémentaire, 63.000 ha de terre seront inondées vers la fin du siècle en Flandres et en Zélande,  car le niveau de la mer pourra avoir augmenté d’un mètre vers 2100. (1), (2) Aux Pays-Bas, la province de Hollande avec les villes de Rotterdam et d’Amsterdam, et une partie importante du Nord Est du pays se retrouveront également à ce moment au dessous du niveau de la mer.

Après les inondations catastrophiques en 1953, les Pays-Bas avaient fondé la commission du Plan Delta pour construire de nouvelles protections des îles de Zélande et de la côte de la Hollande contre les tempêtes et les inondations. Il y avait eu 1836 morts aux Pays-Bas, 28 morts en Belgique et 307 morts en Grande-Bretagne. Des naufrages avaient en plus causé 224 décès en mer. Mais cette catastrophe a aussi constitué un stimulant important pour l’économie des Pays-Bas. Le PIB augmenta de 8,4% en 1953 et  les autorités stimulèrent la consommation qui augmenta de 10% par rapport à 1952. Wikipedia parle d’un stimulant fort et positif pour l’économie des Pays-Bas ! (3)

Défenses contre la mer aux Pays-Bas construites après 1953

Actuellement, les autorités des Pays-Bas se préoccupent activement de la protection de leur pays contre la montée prévisible des mers. L’Institut national de météorologie royal néerlandais (KNMI) tient compte de deux scénarios possibles : avec un réchauffement de +2°C, la mer montera de 30 à 60 cm en 2100 et un réchauffement de +4°C causera une montée de 40 à 85 cm (4). Les nouvelles mesures par satellite montrent une accélération nette de la montée du niveau des mers à partir de 1993, la cause en est d’une part l’expansion thermique de l’eau de mer et d’autre part, la perte des glaces situées sur terre. C’est la raison pour laquelle, la Commission du Plan Delta tient compte d’une hausse de 120 cm en 2100 (par rapport à 1990-2000). La Commission du Plan Delta est donc plus pessimiste en ce qui concerne les possibilités pour limiter le réchauffement (5).  Cette vision plus pessimiste (réaliste ?) est aussi celle de l’armée américaine qui parle d’une hausse moyenne globale de +2m en 2100. Après 2100, la hausse du niveau des mers continuera pour atteindre en 2300 selon la KNMI, une montée du niveau de 1 à  2,5m.

Les prévisions en Belgique pour 2100 tiennent compte d’une augmentation de 20 cm – 2m à Ostende. La commission nationale du climat tient compte d’une hausse de +14 cm à +90cm entre 1990 et 2100. On discute aussi d’un « scénario du pire » avec un niveau des mers en hausse de 200 cm (6).

La discussion technique a déjà bien progressé aux Pays-Bas dans le sein de la Commission du Plan Delta. La première tâche c’est la protection contre les inondations des espaces construits. On construira des digues plus hautes, on amènera du sable supplémentaire et on étudie comment empêcher la pénétration du sel de mer dans le sol des polders. Pour cela il faudra garantir l’évacuation d’eau douce des rivières du delta (de la Meuse et du Rhin) vers la mer. Les mêmes problèmes se posent dans le lac de l’IJsselmeer. Il faut savoir que 15% à 20% de l’économie néerlandaise dépend d’une bonne qualité de l’eau douce. Cette lutte contre le sel sera plus difficile que la protection contre les inondations.

La hausse du niveau des mers constitue un danger très réel dans un avenir proche en Europe de l’Ouest et du Nord. Mais comparons maintenant la situation avec celle d’un autre delta très peuplé, celui du Bangladesh (7).

Au Bangladesh dans le delta de Surdaban

Ces dernières cinquante années, le Bangladesh a construit 4000 km de digues. Actuellement, on y construit dans le delta de Surdaban (où se situe la plus grande forêt de mangroves du monde) 600 km de digues avec le soutien financier de la Banque Mondiale. Dans ce delta vivent environ 30 millions de paysans et de pêcheurs. En fait, ils vivent et suivent les déplacements des bancs de sable plus ou moins protégés par de petits monticules appelés ‘digues’. (8) Mais des experts des Pays-Bas et d’Angleterre critiquent la façon dont ces digues sont construites. En ce moment, les inondations sont devenues plus profondes parce que l’eau de mer qui entre, a moins d’espace, elle ne peut pas s’étaler en largeur. C’est cet effet d’entonnoir  et le fait que le niveau de la mer monte plus vite ici (de 16 mm par an à marée haute) qui sont la cause de l’enfoncement de la terre et de la plus grande vulnérabilité des habitants.

Le Bangladesh se situe dans une région tropicale où les moussons deviennent plus intenses et les cyclones plus dangereux avec des vitesses du vent en augmentation nette. Le danger d’inondation augmente aussi à cause du déboisement des flancs des monts de l’Himalaya.

Au Bangladesh il existe depuis quelques années une forte mobilisation  contre le réchauffement climatique. Il y a la caravane du climat annuelle dans la région (9). A nous aussi de construire la solidarité avec les pêcheurs et les agriculteurs du Bangladesh dans le cadre de la lutte pour le climat et la justice sociale.

Cet article se réfère à de nombreuses notes en bas de page avec du matériel visuel et des graphiques en néerlandais, français et anglais. Je conseille aux lecteurs intéressés de rechercher les liens et de regarder les images. Elles illustrent clairement les inégalités entre les gens du Tiers Monde et les gens d’ici. La lutte contre le réchauffement climatique ET pour la justice sociale n’en est que plus pertinente.

  1. http://www.vliz.be/docs/groterede/GR30_Zeespiegelstijging.pdf
  2. http://www.elic.ucl.ac.be/users/marbaix/impacts/docs/ImpactsBE-pres.pdf
  3. https://nl.wikipedia.org/wiki/Watersnood_van_1953
  4. http://www.klimaatportaal.nl/pro1/general/start.asp?i=0&j=0&k=0&p=0&itemid=350
  5. http://www.deltacommissaris.nl/deltaprogramma/inhoud/deltaprogramma-2016
  6. http://www.knack.be/nieuws/planet-earth/klimaatverandering-als-alle-ijs-smelt-is-er-geen-vlaanderen-meer/article-normal-114460.html
  7. https://www.newscientist.com/article/mg22229752.700-bangladeshs-sea-walls-may-make-floods-worse/#.U6wpMECaR_w
  8. http://www.nytimes.com/2014/03/29/world/asia/facing-rising-seas-bangladesh-confronts-the-consequences-of-climate-change.html
  9. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article32830

 

photo 1: Défenses contre la mer aux Pays-Bas construites après 1953
photo 2: Au Bangladesh dans le delta de Surdaban

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