Mexique : de nouvelles disparitions déclenchent une crise politique

Depuis fin septembre, une vague de manifestations croissante secoue le Mexique suite à l’assassinat et la disparition d’étudiants dans l’État du Guerrero. Le mercredi 8 octobre, il y a eu une première journée de solidarité avec les étudiantEs de l’école rurale d’Ayotzinapa, puis une nouvelle mobilisation internationale le mercredi 22 octobre sous le slogan « Ils les ont emportés vivants, vivants nous les voulons », pour punir les coupables.

Le 23 septembre, dans la ville d’Iguala, dans le Guerrero, un groupe d’étudiants de cette école distribuaient des tracts dans une réunion du gouvernement local. Expulsés de la salle, ils sont  alors pourchassés par la police municipale qui tire sur eux, s’en prenant même à un car d’étudiants venus faire du foot. 6 étudiants sont assassinés et plusieurs grièvement blessés, puis 43 étudiants sont arrêtés et embarqués vers une destination inconnue…

« Dégâts collatéraux » ?
Avec la prétendue « guerre contre les narcotrafiquants », commencée par l’ex-président Calderón (du PAN) et poursuivie par Peña Nieto (du PRI), le nombre de disparus est passé à plus de 10 000, surtout des civils présentés comme « dégâts collatéraux » de la prétendue « guerre contre le crime organisé ». Cela les différenciait des plus de 500 cas, les « disparus politiques », dénoncés depuis les années 70-80 par Rosario Ibarra et le Comité « Eureka » des mères de disparus, qui étaient eux accusés par le gouvernement – parfois à tort – d’être membres d’organisations politico-militaires.
Avec la disparition des étudiants du Guerrero, c’est le retour des disparitions de militants politiques ou sociaux. L’agression a été ouvertement menée contre les étudiants d’une école, centre de formation de maîtres pour la population rurale et indigène la plus défavorisée, issus eux-mêmes de ces milieux et résistant à la disparition de ce type d’écoles. Et en son sein, il y avait des militants actifs de la Fédération d’étudiants paysans socialistes du Mexique.
Face aux témoignages flagrants des survivants, le gouvernement a dû admettre qu’ils avaient été arrêtés par la police municipale, puis livrés à un parrain narco­trafiquant qui avait donné l’ordre de les tuer et de les enterrer dans des fosses communes clandestines en pleine campagne. Des policiers et militaires, des médecins légistes argentins – et non mexicains, car les familles se méfient des autorités mexicaines – ont trouvé plus de dix fosses dont ils tentent d’identifier les restes humains.

Décomposition politique
Le gouvernement municipal d’Iguala et le gouvernement du Guerrero sont dirigés tous les deux par le Parti de la révolution démocratique (PRD), ce qui révèle le degré de décomposition atteint par celui-ci. Élu en 2012 grâce à la fraude électorale, l’actuel président du Mexique Peña Nieto a réussi fin 2012 à signer le Pacte pour le Mexique entre PRI, PAN et PRD, en soutien à sa présidence, pour imposer les plus graves réformes néolibérales en 2013 et 2014.
La responsabilité du PRD, qui a approuvé tant de réformes anti­sociales, s’étend à présent au domaine des droits de l’homme, avec des crimes qui rappellent ceux de la première époque du PRI. Le maire d’Iguala a pris la fuite. Le gouverneur de l’État refuse de démissionner, soutenu durant les 15 premiers jours par son parti, le PRD, ainsi qu’au Congrès par le PRI.
Si ces partis s’acharnent tant à nier leur responsabilité, c’est parce qu’ils voient bien qu’avec toutes les attaques contre les travailleurs et le peuple, la dynamique explosive du mouvement peut déboucher sur une remise en cause du pouvoir, des instances locales ou fédérales. Les étudiants et instituteurs d’Ayotzinapa se sont violemment affrontés avec la police d’État, et ont incendié des bâtiments officiels. Ce 8 octobre a été une journée de mobilisation impressionnante, allant des secteurs en lutte comme le SME (Syndicat d’électriciens mexicains), aux secteurs catholiques et même à l’EZLN dans le Chiapas, avec aussi des grèves dans les universités.
L’OPT (mouvement politique impulsé par le SME, et dont les camarades du PRT mexicain sont partie prenante) affirme que l’opposition réelle aux réformes néolibérales n’est pas au Congrès mais dans la rue. Il faut un référent politique et social pour unifier toutes les luttes en un mouvement politique pour mettre dehors l’oligarchie néolibérale et ses instruments, les partis du Pacte du Mexique, en luttant au sein des résistances et des nouveaux mouvements sociaux qui rompent avec le système.

De Mexico, Edgar Sánchez (PRT)
Traduit par Monica Casanova

Source : NPA

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