L’affiche politique est à Mons ce que le béret basque est à la baguette.

affiches de la 12ème Triennale de l'Affiche Politique

affiches de la 12ème Triennale de l’Affiche Politique

Les élections approchent. On va donc voir se monter les panneaux d’affichage. Le printemps va faire fleurir des tonnes de numéros et des tronches photoshopées. Il n’y a pas de mal à ça : c’est un cadeau de la démocratie. Bien sûr il faudra se battre pour avoir sa petite place sur ces panneaux. Il y en a qui mesurent l’engagement politique aux quantités de colle qu’ils déversent dans la campagne et, accessoirement, au nombre d’affiches des « adversaires » arrachées…

Et puis il y a aussi les mastodontes qui n’ont pas besoin de ces petits coins d’expression, ils seraient plutôt dans le gigantisme. Aidés de leurs communicateurs, sponsorisés par de généreux bailleurs de fonds, ils ne condescendent pas à poser leur nœud-papillon sur un ticket de tram.

Spécialistes

A Mons on est des spécialistes de l’affichage politique. Depuis 1978 on y organise même une « Triennale Internationale de l’Affiche Politique ». Du monde entier nous parviennent des affiches qui ont coloré ses murs. Et nos autorités ne manquent pas, à chaque édition de la Triennale, de faire remarquer combien nous faisons preuve d’ouverture. Car dans beaucoup de pays, ces affiches n’auraient, tout simplement, aucune chance d’être… affichées ![1] On édite donc un joli catalogue, on organise un sympathique vernissage (où il est chic d’être vu -chips et boissons à volonté-). On laisse les affiches jaunir quelques mois dans l’expo. Et puis on attend la prochaine édition, le prochain vernissage, le prochain discours sur la démocratie. En espérant qu’il y aura beaucoup de remue-ménage dans le monde pour inspirer les militants politiques et les graphistes.

Que se passe-t-il entretemps à Mons? Rien de bien bandant ! On jette des gens à la rue, on ferme des boîtes, on expulse des chômeurs, des sans-papiers. On maltraite les femmes, on insulte les étrangers. Les écoles tombent en ruine, on ferme les bureaux de poste, les routes sont défoncées, les trains sont toujours en retard. Les commerces se vident. Et il y a des travaux partout. On espère que tout sera terminé « pour 2015 » !

Bref le train-train quoi. Pas de quoi se mettre à rouspéter. Pas la peine de faire un tract ou de coller des affiches appelant à la mobilisation… D’ailleurs vous allez la coller où votre affiche ? Le 26 mai on retire les panneaux et avant c’est interdit.

C’est interdit

Coller des affiches, c’est d’un autre siècle ça, Monsieur. Aujourd’hui la Ville doit être propre, excusez-nous pour les travaux, mais c’est pour votre bien. Vous avez bien attendu des années pour avoir une piscine, vous attendrez bien un peu pour avoir cette magnifique gare Bar-à-Tapas?

Et pour vos affiches et vos tracts, on vous conseille de lire attentivement les règlements communaux. Ils disent notamment ceci : « Toute manifestation publique en plein air, tout rassemblement ou toute  distribution organisés sur la voie publique, avec ou sans véhicule, de nature à encombrer la voie publique ou à diminuer la commodité et la sécurité de passage ne peuvent avoir lieu sans l’autorisation préalable et écrite du Bourgmestre ; toute manifestation publique se déroulant dans un lieu clos et couvert, et ce compris sous tentes et chapiteaux ne peuvent avoir lieu sans déclaration préalable et écrite au Bourgmestre. (…) La demande ou déclaration doit être adressée par écrit au Bourgmestre au  moins 20 jours calendrier avant la date prévue ».

« Afin d’éviter toute entrave à la circulation ainsi que l’émergence  d’encombrement et de manière à ne pas nuire à la propreté des rues, aucune personne ne pourra se livrer à la distribution d’imprimés, écrits, gravures, annonces, tracts d’opinion ou philanthropique, tracts publicitaires…à la vente d’autocollants ou à la réalisation d’une enquête sur la voie publique sans en avoir fait la déclaration préalable au Bourgmestre. (…) Cette déclaration sera faite au moins 48 heures avant la distribution. (…) Ces documents ne peuvent être distribués que de la main à la main aux passants qui les acceptent. Toute distribution à la volée est interdite. »[2]

Il y a des dispositions du même type pour les affichages et de plus les endroits qui le permettent sont pratiquement inexistants.

Voilà. Si vous êtes graphiste ou simplement révolté par quelque chose que vous aimeriez porter à la connaissance du plus grand nombre il ne vous reste plus qu’à attendre la publication du règlement de la prochaine Triennale de l’Affiche Politique, à envoyer votre contribution, espérer être sélectionné. Ne comptez pas trop sur l’écho que votre affiche aura auprès des invités au vernissage, ils ne viennent pas pour les affiches.

–fRED



[1] Morceau choisi, voici ce que nous dit la farde de presse de la 12ème édition : « Véritables odes à la diversité et à la tolérance, ces créations mettent en exergue les grandes problématiquesde ces trois dernières années telles que l’hyper-communication, les crises financières et l’urgence environnementale pour faire émerger les immuables questionnements de notre société »

[2] Plus précisément c’est la « Charte du respect de l’autre » qui  règlemente le sujet. Le texte qui n’hésite pas à se définir comme «  un projet de ville pour faire de Mons 2015 la capitale des idées et du cœur »  nous précise néanmoins « Pour rappel, jeter un mégot de cigarette ou un papier de bonbon en pleine rue à Mons est répréhensible… Les amendes actuelles pour les incivilités de tout ordre peuvent aller de 80 à 250 euros. »

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