Interview de Raoul Hedebouw: « Comment mettre en mouvement l’ensemble du peuple de gauche? »


Raoul Hedebouw

Je retrouve Raoul Hedebouw à la terrasse d’un café du quartier St-Léonard à Liège. Il fait beau et, de temps à autre, des gens du voisinage viennent gentiment nous interrompre pour saluer Raoul et le féliciter de son élection au parlement fédéral le 25 mai dernier.

La Gauche: Quel bilan tires-tu, selon les régions, des résultats des listes PTB-GO! et PVDA+ aux élections du 25 mai?

Raoul Hedebouw: Je pense que nous pouvons parler d’une percée historique. Ces listes voient arriver dans les parlements plusieurs candidats: 2 à la Chambre, 4 au parlement bruxellois et 2 au parlement wallon. La percée est réelle sur l’ensemble du territoire, même si elle est plus forte en Wallonie. A Anvers, avec 4,52 % de moyenne dans toute la province, on loupe de peu l’élection de Peter Mertens à la Chambre. A titre de comparaison, notre élu du Hainaut, Marco Van Hees, a été élu avec 5,17 %. Quelques décimales de pourcentage font qu’on est élu ou pas.

J’en profite pour rappeler que les élus du PTB-GO! ont coûté 4 fois plus cher, en terme de voix, qu’un élu MR. Le système électoral belge est très défavorable aux formations politiques émergentes et très favorables à celles qui sont en place. Donc, sur le plan électoral, nous tirons un bilan positif même s’il y a un petit re­gret de la non élection de Peter à Anvers.

Malgré plus de 51.000 voix (4,52%) dans la province d’Anvers et près de 25.000 voix dans la ville d’Anvers (9,04%), Peter Mertens n’est pas élu. Est-ce que ce n’est pas ressenti au PTB en Flandre comme un coup dur?

Ce n’est pas ressenti comme ça. Car historiquement nous n’avons jamais eu jusqu’à présent de dé­putés fédéraux ou régionaux. De plus, nos élus à la Chambre seront des élus nationaux, même s’ils ont été élus dans des circonscriptions électorales wallonnes. Nous avions prévu cette éventualité, même si le soir des élections c’était quand même une déception de rater de si près une élection quand on voit aussi nos très bons résultats dans des villes comme Malines ou Gand.

Il est bon de rappeler que le PTB est le premier parti en croissance absolue dans la province d’Anvers. II y a trois vain­queurs en Flandre: la N-VA, Groen et le PTB. De plus en Flandre, la campagne n’était pas facile car Groen était dans l’opposition, contrairement à Ecolo dans les régions, et la N-VA était considérée par une partie de l’électorat comme un parti anti-establishment. La campagne n’était pas du tout la même qu’en Wal­lonie car nous partions aussi d’un niveau beaucoup plus bas. Il fallait plus que doubler le score pour avoir un élu à Anvers alors nous partions déjà de 4,6 % en province de Liège en 2012.

Dans la province d’Anvers, le résultat de PVDA+ (4,52%) est d’ailleurs supérieur à celui de PTB-GO! à Bruxelles (3,84%)…

Oui, c’est tout à fait pertinent comme comparaison. A Anvers, c’est vraiment le seuil de 5% qui ne permet pas de marquer l’essai. C’est un peu comme l’Atletico Madrid qui, à la 94e minute du match, se fait voler la victoire. La ville d’Anvers est la plus grande localité du pays. Elle regroupe 500.000 habitants. Le PTB fait près de 9%, est le quatrième parti (devant le Vlaams Belang, le CD&V, l’Open VLD) mais n’a pas d’élu. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. Mais passons à autre chose. Je suis très content de ne pas être tout seul à la Chambre et d’y être avec mon camarade Marco Van Hees.

Dans l’interview que tu as donné à Solidaire le 5 juin dernier, tu insistes fortement sur l’importance du «GO!» dans la dynamique PTB-GO! du côté francophone. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi?

Je crois que cela a été une dynamique très enrichissante. Il faut remettre cela dans le cadre où en Wallonie certaines centrales ou régionales syndicales ont appelé à une alternative électorale à la gauche du PS et d’Ecolo. Cet appel a été entendu. Il y a eu de plus une chouette dynamique chez des per­sonnalités (Hugues Lepaige, Josy Dubié, Isabelle Stengers, et d’autres) de même que de la part de partis tels que le PC et la LCR. Sur le plan syndical il y a eu pas mal d’ouvertures, même si on voit que le débat a été très pluriel dans les organisations syndicales, c’est le moins qu’on puisse dire… Indiscutablement cette ouverture a créé une dynamique dans la campagne électorale.

De notre côté nos tirons un bilan positif de la collaboration de ces différentes composantes. Je parle no­tamment des meetings, du travail sur le terrain.

Jean-François Tamellini, secrétaire fédéral de la FGTB, estime que la tâche essentielle après le 25 mai est déjà de se préparer à la résistance contre les nouvelles mesures d’austérité qui vont frapper la population laborieuse. A ton avis, comment le PTB-GO! devrait-il se positionner par rapport à cela en sachant que les états-majors syndicaux ne vont pas nécessairement réagir sur le même tempo (FGTB/CSC, Flandre/Wallonie/Bruxelles, Centrales, etc.)?

Je pense que nous allons faire ce que nous avons dit pendant la campagne électorale. A savoir que les élus PTB-GO! auront pour vocation de relayer dans les assemblées parlementaires les luttes contre l’austérité qui se déroulent dans la rue et dans les entreprises. Ils seront le relais de l’opposition à la politique néolibérale de l’Europe et des autorités belges. Mais ce relais à lui seul ne suffit pas. Le plus important est que le monde du travail reprenne confiance en lui-même, reprenne conscience de sa force collective capable de faire barrage à l’austérité. Et fatalement ce n’est pas quelques députés qui vont changer cela. Ne tournons pas autour du pot. Il y a un travail militant à faire qui incombe à tous les militants anticapitalistes dans le pays.

Il incombe aussi que chacun – personnalités, syndicalistes, partis – a pu garder sa dynamique car il y a une gauche de gauche qui est plurielle. La formule PTB-GO! a permis à chacun de garder vraiment ses spécificités et ses divergences, comme l’appel le dit lui-même.

Le 25 mai ouvre une nouvelle période politique: celle où un groupe de gauche d’opposition parlementaire va pouvoir servir de haut-parleur des luttes sociales. A moyen terme, selon toi, quelles perspectives est-ce que cela ouvre: celle d’un gonflement numérique du PTB ou bien celle d’une recomposition politique plus large à gauche?

Je pense que cela ne se pose pas dans ces termes. Personnellement j’ai toujours dit que dans la situation politique actuelle en Belgique, l’addition des gauches de gauche ne peut pas changer la donne et ne permettait pas de passer à une étape supérieure. Le 25 mai ne change rien à cela. La campagne électorale a été bonne et je pense que personne ne contestera que le PTB a été un élément central dans cette dynamique. L’addition des organisations de gauche, je dirais même l’addition des sigles, n’apportera rien de plus. Le PTB continuera à exister sous sa forme PTB.

Nous n’avons jamais dit que nous allions transformer le PTB en autre chose et nous ne l’avons d’ailleurs promis à personne. Idem je pense aussi pour la LCR. Le confort de la campagne électorale PTB-GO! était justement que la fusion des sigles n’était pas l’objectif de cette campagne. Aucune des composantes partidaires, parce que je rappelle qu’il y avait aussi une composante de personnalités, n’a mis cette question sur la table. Par contre, pour ce qui est de savoir comment nous allons continuer, nous entrons dans une nouvelle séquence politique et sociale pour les prochaines années qui dépendra d’ailleurs aussi de la composition du nouveau gouvernement. Je pense que nous devons prendre le temps et d’abord en parler avec les différents acteurs syndicaux et politiques qui veulent une résistance à cette austérité annoncée.

Entretien publié dans La Gauche n°68 (juillet-août 2014).

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